Étude du texte « La rencontre de Jésus et la Samaritaine » (Jn 4, 1-42)

Posté par diaconos le 31 mars 2008

La rencontre de Jésus et la Samaritaine en Jean 4

Auteur : Monsieur l’Abbé Serge THEATE, Bibliste et Docteur en Théologie, Professeur au Grand Séminaire de Namur et prêtre rattaché à l’Unité Paroissiale de La Plante-Wépion (Belgique)

Le récit de l’Évangile selon St Jean 4, 1-42 présente assurément l’un des plus beaux textes de la littérature chrétienne (1). En effet, à la première lecture de cet extrait évangélique, on peut être pris d’emblée par la force de ses images, par la prégnance de ses symboles ou par l’incroyable cheminement de foi de la femme samaritaine. Voilà un texte qui ne pose apparemment guère de problèmes : il raconte simplement une aimable conversation entre Jésus et une Samaritaine, qui se prolonge avec les disciples puis avec les gens du village et qui tourne autour de différents sujets (on y parle d’eau vive, d’esprit, de vérité, de nourriture, de moisson…)…Sujets qui sont somme toute assez éloignés de nos préoccupations actuelles…. ! C’est dire qu’on peut se demander si ce texte, écrit il y a si longtemps et dans des circonstances bien déterminées, a encore quelque chose à nous dire aujourd’hui.

Cet Évangile où la présence de Jésus va déclencher tout un mouvement qui va de la révélation « Je le suis, moi qui te parle.. » à la reconnaissance « nous l’avons entendu et nous savons.. » résonne l’écho d’une demande venue de Jésus : « Donne-moi à boire.. ». Soif du Christ, soif de Dieu qui amène les humains à découvrir et à creuser leur propre soif et leur propre désir : « Si tu savais le don de Dieu…c’est toi qui aurais demandé… ». Notre désir de Dieu ne peut ainsi naître qu’au creux qu’il a, lui, Dieu, de naître en nous, de jaillir en nous comme une source. Cet Evangile ne va-t-il pas beaucoup plus loin que nous le pensions à première vue ?

Ne nous invite-t-il pas à découvrir un autre visage de Dieu esquissé dans les paroles de Jésus : un Dieu en quête de l’homme, de la femme, de l’humanité en qui faire surgir la vie ! Cette rencontre entre Jésus et la Samaritaine est de l’ordre d’une relation où nous-même, nous pouvons découvrir combien nous sommes aimés par Dieu. Remarquons tout d’abord que ce texte de Jn 4 possède un milieu de vie dans lequel il vit, est proclamé et mis en relation avec d’autres : il s’agit de son usage liturgique. Il a sa place dans les lectionnaires chrétiens depuis les origines et fut toujours utilisé en contexte baptismal. Il fait d’ailleurs partie d’un ensemble lu au cours du temps liturgique du Carême, plus particulièrement à l’occasion des scrutins baptismaux. Ces scrutins sont ces célébrations au cours desquelles le catéchumène est examiné et encouragé dans sa progression dans la vie chrétienne. Lu en semaine (le troisième vendredi de Carême) au Moyen Age, l’épisode de Jn 4 retrouva actuellement sa disposition antique (le troisième dimanche de Carême) grâce à la réforme liturgique de Vatican II.

1) Cette péricope issue de l’Evangile selon St Jean fut le sujet d’une Récollection de Carême prêchée aux Diacres permanents du diocèse de Namur le 23 février 2008.

Le texte johannique de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine a été lu et interprété au fil des siècles par des générations de chrétiens. En consultant l’ouvrage de Jean-Michel POFFET intitulé Jésus et la Samaritaine et publié dans la collection « cahiers Evangile » en 1995 (2), on se rend compte assez rapidement à quel point ce texte fut interprété de façon diverse et toujours en fonction de l’actualité des commentateurs. C’est ainsi que le parcours proposé par cet ouvrage nous démontre que les choix interprétatifs de Jn 4 vont se faire en fonction des préoccupations des commentateurs (exhortations pour encourager, combat à mener, méditation contemplative) et des circonstances de temps, de lieu ou de culture. Ainsi sont passées en revue les traditions juives autour du puits, l’interprétation patristique (Origène, Augustin, Jean Chrysostome), la reprise systématique de cette dernière par Thomas d’Aquin, celle, plus spirituelle, de Thérèse d’Avila ou encore la lecture de Jean Calvin visant à interpréter le culte en esprit et en vérité comme disqualifiant les pompeuses cérémonies des papistes. Le récit de la Samaritaine a donc livré au fil de l’histoire des lectures diverses, même très différentes, confrontées, voire affrontées, mais toujours polarisées par l’actualité du texte, son sens pour l’aujourd’hui du commentateur au plan spirituel, au plan de son action ou de sa conversion. Il n’existe donc pas en effet « une » lecture canonique de Jn 4 mais des lectures souvent marquantes et géniales, partiales et partielles qui enrichissent considérablement l’histoire de l’exégèse de ce texte et plus largement, l’acte global de lecture! (3)
A la lecture des commentaires et des études exégétiques contemporaines, on perçoit aussi la diversité des approches et des accents dans la recherche. Ainsi, au début du XXème siècle, la recherche catholique avait l’histoire comme premier souci. La recherche de l’arrière-fond historique et de l’exactitude des détails du récit de Jn 4 sera la donnée fondamentale de l’ouvrage du Père LAGRANGE(4) le fondateur de l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem(5)

(2) Cf. J.-M. POFFET, Jésus et la Samaritaine (Jean 4), coll. Cahiers Evangile Suppl. 93 (Paris 1995).
(3) C’est dire que l’acte de lire n’a rien d’un acte passif où le lecteur laisserait purement et simplement advenir en lui le contenu d’un texte. Lire est déjà un acte interprétatif, risqué et souvent partiel, plus ou moins fidèle à telle ou telle partie d’un texte, plus ou moins alerté par telle disponibilité du texte.
(4)
Cf. P. LAGRANGE, Evangile selon St Jean, coll. Etudes bibliques (Paris 1925).
(5) Cf. le site de l’Ecole Biblique : http://www.ebaf.edu/

Ensuite, l’École historico-critique livrera de grands commentaires où l’angle d’approche sera critique et historique : l’attention première est donnée à la naissance des traditions qui se mêlent aujourd’hui dans le texte final, texte que l’on s’accorde à reconnaître comme complexe. L’ouvrage des Pères Dominicains M.-E. BOISMARD et A. LAMOUILLE (6) est une excellente illustration de cette recherche dans laquelle chaque étape de l’étude du texte est présentée pour elle-même. Dans leur travail littéraire, ces deux exégètes vont œuvrer comme l’archéologue sur un tell qui dégage l’une après l’autre les couches du terrain : c’est ainsi qu’ils vont distinguer les sources d’un récit primitif, puis le travail de l’évangéliste Jean et enfin, des ajouts (gloses ou corrections) de la part d’un rédacteur ecclésiastique. Dans une perspective non plus diachronique (étude du devenir des textes) mais synchronique (étude du texte final dans le jeu de ses composantes), l’approche sémiotique(7) a mis en lumière les oppositions présentes dans le texte de Jn 4 : opposition eau du puits/eau de Jésus, opposition Samaritains /Juifs, montagne de Samarie/ Jérusalem, hier (nos pères)/demain (quand le Messie viendra). Dans la même ligne synchronique, la narratologie va intégrer les rapports entre l’auteur (8) et le lecteur dans l’étude du texte.

(6) Cf. M.-E.BOISMARD-A.LAMOUILLE, Synopse des quatre Evangiles en français, III : L’Evangile de Jean (Paris 1977).

(7) Comme la lecture proposée par J. CALLOUD-F. GENUYT, L’Evangile de Jean, I : lecture sémiotique des chap. 1-6, Centre Thomas More & Centre pour l’Analyse du Discours Religieux (Lyon 1989).
(8) Il ne s’agit pas ici de l’auteur historique du quatrième Evangile mais de l’auteur inhérent au récit du texte (auteur implicite) qui cherche et construit son lecteur (lecteur implicite).

Dans cette dernière approche, on s’intéressera à la dynamique interne du récit, par exemple à la manière dont la Samaritaine va découvrir qui est Jésus et comment le lecteur va participer à sa découverte. Parmi les grands commentaires de l’Evangile de Jean, nous signalerons tout particulièrement celui de X. LEON-DUFOUR(9) qui s’attache à montrer la complexité du récit évangélique mais surtout son mouvement, ses articulations et son tout dans une perspective essentiellement symbolique. Ce qui est recherché dans ce dernier ouvrage est la profondeur symbolique du langage biblique et des situations (10).

(9) Cf. X. LEON-DUFOUR, Lecture de l’Evangile selon Jean(3 volumes) (Paris 1988-1989
(10) Ainsi, par exemple, la soif de Jésus n’est pas seulement la soif d’eau, mais soif de lafoi de cette femme ; cette dernière est tout à la fois une Samaritaine concrète et la représentante d’un peuple séparé de Juda. Ou encore, l’eau vive promise par Jésus n’est pas tant opposée à l’eau du puits -vive elle aussi- qu’au don de la Révélation du Père en et par Jésus, qui deviendra après Pâques le don de l’Esprit.

Pour terminer ce rapide tour d’horizon de la recherche exégétique concernant la péricope de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine, mentionnons encore l’approche de ce passage par la critique féministe de S.M. SCHNEIDER (11). Cette commentatrice va mettre en évidence le rôle théologique et missionnaire de la femme samaritaine qui va abandonner ses préoccupations quotidiennes pour partir évangéliser la ville. Selon cette commentatrice, cela impliquerait que St Jean aurait personnellement connu des femmes chrétiennes et apôtres et devait être conscient de la tension que cela suscitait dans la communauté. Il a donc voulu présenter Jésus légitimant la participation féminine à des rôles que s’étaient appropriés les « mâles » de la communauté ecclésiale. Le récit de Jn 4 fut également un sujet d’inspiration iconographique pour les artistes. Retenons déjà une première peinture datant du IIème siècle après J.C. qui se retrouve dans les catacombes de San Callisto à Rome. Cette peinture représente une femme qui empoigne un sceau au-dessus de l’orifice d’un puits dont l’eau gicle par-dessus la margelle. Jésus est représenté non pas debout en train de s’entretenir avec la femme mais assis à l’arrière, un rouleau des Écritures à la main : il est comme Moïse donnant la Révélation, source d’eau vive pour le croyant.

Parmi les mosaïques byzantines datant du VI ème siècle de Ravenne figure aussi une représentation de la Samaritaine. Cette dernière, revêtue d’une robe somptueuse, montre son illumination intérieure(12). Il est clair qu’en regardant la convertie de Samarie, les femmes de la cour qui fréquentaient cette église pouvaient ne pas désespérer de rejoindre le cortège des saintes représentées sur les mosaïques Au Moyen Age, le puits au cœur des cloîtres des monastères rappellera que la Parole de Dieu, méditée par les moines en cet endroit, peut désaltérer leur cœur à jamais(13). A l’époque baroque et celles plus proches de nous, des peintures (comme par exemple, celle de Rembrandt), des baptistères, des vitraux ou encore des fontaines (14) évoquent toujours la vitalité du thème de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine.

(11) Cf. S.M. SCHNEIDERS, Le texte de la rencontre. L’interprétation du Nouveau Testament comme écriture sainte (Paris 1995)
(12) L’illumination intérieure de cette femme l’a assimilée à Ste PHOTINE que l’on retrouve dans le martyrologe romain et qui est fêtée le 20 mars
(13) C’est la même signification pour le puits que l’on retrouve dans l’église de St Julien-le-Pauvre à Paris : il rappelait aux étudiants de l’époque la place incomparable que recevait la Parole divine au sein des connaissances dont on leur ouvrait l’accès.
(14) Ainsi, à Fribourg en Suisse, la « fontaine de la Samaritaine » datant de 1551 et à Paris, la « pompe de la Samaritaine » du XVIIème siècle qui est accolée au Pont-Neuf ou encore au XIXème siècle, le grand magasinconstruit à proximité de cette dernière et qui lui emprunta son nom…

Pour des raisons de simplification et de clarté de l’exposé, nous diviserons le texte en 4 grandes parties :

  1. Introduction : Jn 4, 1-6.
  2. La conversation sur l’eau : Jn 4, 7-15.
  3. Les questions d’ordre privé et religieuses : Jn 4, 16-26.
  4. L’arrivée des Samaritains : Jn 4, 27-42.

1) Introduction : Jn 4, 1-6.

1. Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu’il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean, -2. bien qu’à vrai dire, ce ne fût pas Jésus qui baptisât, mais ses disciples,-3. il quitta la Judée et retourna en Galilée. 4. Il lui fallait traverser la Samarie. 5. Il arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre jadis donnée par Jacob à son fils Joseph. 6. Là se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis tout simplement sur le puits. C’était environ la sixième heure.

Après avoir appris que les Pharisiens renforcent leur surveillance et le tiennent particulièrement à l’œil en raison du fait qu’il attire maintenant des foules plus que le Baptiste et qu’il opère en Judée, Jésus va s’éloigner des autorités centrales pour s’acheminer vers le nord. Or, pour se rendre de Judée en Galilée, Jésus, selon l’Evangile, doit traverser la Samarie(15). Sans que cet itinéraire s’imposât de manière absolue, il semble bien que les pèlerins se rendant à Jérusalem pour les fêtes l’empruntaient volontiers, au risque de n’être pas toujours très aimablement accueillis en terre samaritaine. Sinon, il fallait faire le détour par la vallée du Jourdain. C’est alors que le narrateur va situer la rencontre entre Jésus et la Samaritaine en un cadre relativement précis : près du Mont Garizim et autour du puits de Jacob, creusé sur une parcelle dont le patriarche avait fait l’acquisition (Genèse 33, 19) et qu’il légua, par la suite, à Joseph (Genèse 48, 22), qui y trouva sa sépulture (Josué 24, 32)(16).

 

(15) La Samarie est le nom d’une région historique de Palestine qui était située au nord de la région de Judée, dans ce qui représente aujourd’hui le tiers septentrional de la Cisjordanie, dont la ville principale est Naplouse. Pour une vue détaillée des origines, de l’histoire et de la religion des Samaritains, Cf. M. BAILLET, « Samaritains » in Supplément au Dictionnaire de la Bible, volume XI, co. 773-1047 (Paris 1990), A.D. CROWN (dir.), The Samaritans (Tübingen 1989), M. GASTER, Les Samaritains (Paris 1984), J.A.MONTGOMERY, Les hommes du Garizim (Paris 1985) ou encore se reporter au site suivant http://fr.wikipedia.org/wiki/Samaritains

(16) Au temps de Jésus, comme du reste à notre époque encore, cette sépulture est entourée de curiosité et de vénération. Quelques puits existent dans le même territoire, mais un seul est rattaché à Jacob et ce, depuis le IIIème siècle ACN, dans la tradition samaritaine. Par la suite, vers 380 après J.C, une petite église en forme de croix grecque, construite par l’empereur Théodose, abrita le puits qui occupa la croisée de ses quatre branches. Détruite par les Arabes, il n’en resta plus aucun vestige. En 1150, les Croisés reconstruisirent une nouvelle église plus majestueuse à trois nefs. Le puits était alors situé au centre d’une petite crypte devant l’autel de la nef centrale. Abandonnée et délabrée par la suite, cette église fut acquise au XIX ème siècle par les Grecs orthodoxes de Palestine qui la restaurèrent au niveau du gros œuvre.

Tout le récit que nous étudierons se passe autour de ce puits. Il est intéressant dès à présent de méditer sur les nombreuses évocations liées à ce dernier et en quoi elles peuvent éclairer la Parole de Dieu. Celles-ci sont au moins au nombre de quatre :

1) Le puits comme lieu de rencontre en vue du mariage : dans l’Ancien Testament, les puits sont souvent des lieux de rencontre où se forment les projets de mariage. Chaque soir, c’est à l’heure où les bergers reviennent des champs pour abreuver leurs troupeaux que les femmes et les jeunes filles sortent du village pour venir chercher de l’eau. Le puits est ainsi souvent un lieu propice aux intrigues amoureuses. Et les exemples ne manquent pas : en Gn 24, Abraham, devenu vieux, envoie l’un de ses serviteurs chercher une épouse pour son fils Isaac. Près du puits, à l’heure du soir, le serviteur rencontrera Rebecca. En Gn 29, Jacob, obligé de fuir loin de chez lui, au pays des fils de Qedem, rencontre près d’un puits la belle Rachel et fait boire son troupeau. Enfin, au début du livre de l’Exode au chapitre deux, Moïse, forcé de quitter l’Égypte, se réfugie sur la terre de Madiân et s’assied près du puits où il aide les filles d’un prêtre à abreuver leurs troupeaux. Dans ces trois cas, la jeune femme retourne chez elle rapidement pour dire qu’elle a vu un homme près d’un puits. L’homme est alors invité à manger par les parents et tout cela se termine par un mariage : Isaac et Rebecca, Jacob et Rachel, Moïse et Cippora. L’Évangile qui déroule devant nos yeux la rencontre de Jésus avec une femme de Samarie, près d’un puits, à l’heure la plus chaude du jour, se terminera-t-il par un mariage comme dans les exemples issus du Premier Testament ? Non, bien sûr ! Mais il sera pourtant bien question de mariage ou plutôt des mariages de la Samaritaine. Jésus ne sera pas un mari mais il demandera à la Samaritaine d’aller chercher son mari et de revenir au puits. Son mari ? La femme en a eu cinq et elle vit à présent avec un sixième homme. Une métaphore est ainsi probablement utilisée pour montrer l’infidélité de cette femme à l’image du peuple de Dieu toujours attiré par les «Baals » qui sont des idoles de fécondité et de fertilité (en hébreu, « Baal » signifie, comme par hasard, « maître » ou encore « mari » !)

Ici, aussi, dans l’Évangile, sera-t-il question du culte du Seigneur. Finalement, quel est le vrai mari ? Quel est le vrai Dieu ? Jésus donnera une réponse : le vrai Dieu pour la Samaritaine et ses compatriotes, c’est le Dieu d’Israël !

2) Le puits comme don de Dieu : dans le désert, les Hébreux s’abreuvaient à l’eau qui jaillissait du rocher (Exode 17). Ils avaient donné un surnom à cette espèce de puits et l’appelaient le « don ». St Paul, dans l’épître aux Corinthiens, montrera que le rocher qui donnait cette eau aux Hébreux est le Christ auprès duquel il faut venir boire l’eau, c’est-à-dire recevoir l’Esprit-Saint.

3) Le puits comme source d’eau : dans l’Ancien Testament, l’eau est souvent symbole de la Loi de Dieu ou de la Sagesse divine. Elle est aussi puissance vivifiante : elle symbolise l’Esprit de Dieu. L’eau vive que promet Jésus est l’Esprit-Saint : « Si quelqu’un a soif, dit Jésus, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! ». Selon le mot de l’Écriture : de son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en Lui.. » (Jn 7, 37-39). C’est sur la croix, de son cœur transpercé que s’écouleront l’eau et le sang. Son cœur ouvert devient donc un puits intarissable. Et l’eau qui s’en écoule devient le don universel de l’Esprit-Saint.

4) Le puits comme Parole de Dieu : c’est Origène, auteur chrétien du 3ième siècle de notre ère, qui fait cette comparaison et qui fait aussi allusion au symbolisme du mariage : « quiconque vient à ce puits et y puise l’eau, c’est-à-dire quiconque méditant l’Écriture, en approfondit le sens aura des noces dignes de Dieu car son âme est unie à Dieu. »

La femme que Jésus rencontra habitait le bourg de Sykar, l’actuelle Askar. Nous sommes aux abords de midi- environ la sixième heure, nous indique l’Évangile- une précision qui n’a pas manqué de donner l’éveil à diverses considérations d’ordre symbolique. En effet, midi serait l’heure tout indiquée pour la Révélation et c’est aussi celle de la lassitude et de l’activité terrestre de Jésus. Cette précision horaire nous fait aussi comprendre que Jésus, fatigué, prend quelque repos auprès du puits, tandis que les disciples vont quérir des provisions.

La femme trouve donc Jésus seul et celui-ci lui demande une gorgée d’eau. Cette interlocutrice n’aura en tête que de l’eau ordinaire, soit l’eau du puits, soit l’« eau vive », l’eau de source.

Dans la future conversation engagée à propos de l’eau dans les versets suivants, ce malentendu persistera durant tout le dialogue constitué de trois questions et réponses. Ce quiproquo n’envisage pas du tout la réalité plus sublime proposée par Jésus : les biens du salut qu’il répandra à profusion au terme de sa vie. Du reste, la mention de l’eau n’intervient pas pour elle-même : elle n’est que l’occasion de parler de Jésus, elle oriente vers Jésus. Comprenons donc déjà bien que le don de Dieu n’est pas l’eau vive : c’est la découverte de la personnalité de celui qui se trouve devant cette femme ! L’eau vive ne servira qu’à détourner l’attention portée à l’eau ordinaire pour mieux la fixer sur la personne de Jésus : « Qui est Jésus ? ». L’entretien tout entier convergera sur cette question d’intérêt majeur…..

2) La conversation sur l’eau : Jn 4, 7-15.

7. Une femme de Samarie vient pour puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. ».8. Ses disciples en effet s’en étaient allés à la ville pour y acheter des provisions. 9. La Samaritaine lui dit : « Comment ! toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine ? » ( Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains). 10. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu savais qui est celui qui te dit : « donne-moi à boire », c’est toi qui l’en aurait prié et il t’aurait donné de l’eau vive ». 11. » Seigneur, lui dit-elle, tu n’as rien pour puiser et le puits est profond. D’où la tires-tu donc, cette eau vive ? 12. Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu, lui, ses fils et ses bêtes ? ». 13. Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; 14. mais qui boira de l’eau que je lui donnerai cessera pour toujours d’avoir soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissante jusque dans la vie éternelle. ». 15. « Seigneur, lui dit la femme, donne-la-moi, cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à passer ici pour puiser ».

Surprise de la Samaritaine rencontrant à l’heure de midi cet étranger ; surprise doublée peut-être de mécontentement envers ce Juif si nonchalamment installé sur la margelle du puits patriarcal, face à la montagne sacrée du Garizim ! Jésus va rompre le silence et prend l’initiative de la conversation : il demande à boire ; elle dispose d’une cruche et probablement d’une corde ; lui, par contre, n’a rien pour puiser. La hargne séculaire ne manque pas de se donner libre cours : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire ? A moi, une femme et une Samaritaine ! ». En effet, pour un Juif soucieux des convenances, il y a quelque incongruité à s’adresser en public à une femme, socialement inférieure par définition, marquée d’impureté rituelle (17).

D’un ton moqueur, la femme va donc exprimer sa rancœur ! Au sarcasme, Jésus répond par une parole mystérieuse qui veut suggérer à cette femme que la faveur sollicitée est en réalité la plus grande faveur qu’elle puisse obtenir : le « don de Dieu ». Ce don de Dieu est pour l’instant la rencontre avec Jésus et de découvrir qui il est. Si la Samaritaine avait soupçonné la qualité de son partenaire, loin d’ironiser à propos de sa demande, elle lui eut elle-même fait une demande car lui, à ce qu’il dit, peut lui donner quelque chose de plus important : l’eau vive.

Dans le langage populaire, cette eau désigne de l’eau fraîche et claire tirée de source. La femme va s’en tenir évidemment à cette idée et Jésus veut pourtant parler d’une réalité tout autre ! Pour Jésus, l’eau vive étanche la vraie soif de l’homme et apaise son désir de vie permanente et heureuse. C’est donc une eau qui donne la vie authentique qui ne meurt jamais et symbolise l’Esprit, principe de vie éternelle que nous communiquera Jésus quand il a été glorifié !

Loin de s’élever à ce niveau, la femme se maintient à celui des représentations humaines (elle se voit déjà déchargée de sa corvée quotidienne) ; les disciples n’agiront pas autrement quand, quelques instants plus tard, il sera question de nourriture (Jn 4, 32). La réponse de Jésus ne peut avoir qu’une portée symbolique en raison de l’importance du thème de l’eau dans le monde israélite(18) : il ne s’agit pas ici d’eau ordinaire (eau de puits ou eau de source). L’eau que Jésus promet étanchera à jamais toute soif ! Mieux encore, l’eau que Jésus donne, devient pour celui qui veut la boire une source toujours jaillissante d’une vie inextinguible.

17) Cf. les prescriptions rabbiniques de Niddah 4, 1 la considèrent comme telle.
(18)
En effet, le symbolisme israélite de l’eau suggérait l’aide indispensable que YHWH dispense à son peuple par sa parole (Amos 8, 11), par son Esprit (Is 44, 3, Joël 3, 1, Jn 7, 39), par sa Sagesse et par sa Loi (Eccl 24, 21-33 ; 51, 23-28).

3) Les questions d’ordre privé et religieuses : Jn 4, 16-26.

16. Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari et reviens ici ». 17. « Je n’ai pas de mari », répondit la femme.-« Te voilà qui dis bien que tu n’as pas de mari, reprit Jésus, 18. car tu en as eu cinq et celui que tu as actuellement n’est pas ton mari ; en cela tu as dit vrai. » 19. La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète…20. Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous, vous dites : c’est à Jérusalem que l’on doit adorer. » 21. Jésus lui dit : « Femme, crois-moi, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. 22. Vous, vous adorez ce que vous connaissez peu ; nous, nous adorons ce que nous connaissons mieux, car le salut vient des Juifs. 23. Mais l’heure vient, -et nous y sommes-, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité, car ce sont là les adorateurs tels que les veut le Père. 24. Dieu est esprit, et c’est en esprit et vérité que ceux qui adorent doivent adorer. » . 25. La femme lui dit : « Je sais que le Messie, celui qu’on nomme le Christ, doit venir. Quand celui-là viendra, il nous expliquera tout. » . 26. Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. ».

Après avoir écouté les trois répliques de la Samaritaine, Jésus impose un terme à cette conversation et enjoint à la femme un ordre qui la déconcerte : « va chercher ton mari ». La femme croit pouvoir se dérober en disant : « je n’ai point de mari ». En réalité, elle est prise à son jeu car elle a eu cinq maris et son sixième homme n’est pas son mari. Le texte ne dit pas explicitement que les cinq maris précédents n’étaient pas légitimes, mais à lire la phrase, on ajouterait spontanément : « et celui que tu as maintenant n’est pas non plus ton mari ». Telle est la signification la plus naturelle, suggérée par la suite des propositions, et elle semble confirmée par la double instance : « en cela, tu as dit vrai ! ». Quoi qu’il en soit, Jésus dénonce une situation conjugale particulière et cela peut suffire pour que la femme sente que le Juif qu’elle a devant elle n’est pas le premier venu(19). Jésus a donc ramené brusquement la conversation sur la situation conjugale de la femme pour lui faire comprendre que son sarcasme peut suffire et qu’elle a d’excellentes raisons de s’efforcer à percer l’identité de son interlocuteur. Jésus a ainsi sondé la conscience de cette femme et lui a prouvé par là qu’à son regard, elle n’est nullement inconnue. Surprise, la femme découvre en Jésus un prophète.

La question qui suit montre que cette découverte n’a rien d’une profession de foi ni même d’un récit de conversion. Elle le questionne donc au sujet du sanctuaire unique où doit s’accomplir le culte légitime : est-ce le mont Garizim, où séjournèrent les patriarches et où les Samaritains pratiquent encore actuellement leur culte, ou plutôt, comme le prétendent les Juifs, le temple de Jérusalem ? Pourquoi la femme pose-t-elle cette question discutée depuis des siècles entre Juifs et Samaritains ? Mal à l’aise devant cet homme qui pénètre le tréfonds de sa conscience, elle enchaîne sur une question religieuse pour échapper à la situation pénible dans laquelle elle se trouve. Jésus, du reste, n’est pas dupe; il ramène la conversation à la question fondamentale : la femme doit découvrir qui il est. La réponse de Jésus porte plus loin que la question posée par la femme. Transcendant le problème du sanctuaire et du culte légitimes, Jésus revient sur le mystère de sa personne. Si jadis ces controverses entre Juifs et Samaritains avaient quelque fondement, l’heure vient -avec Jésus- où pareil problème est dépassé. Le culte juif, comme celui de Samarie, est donc surpassé par la véritable adoration, celle qu’instaure le Christ. Ce culte répond désormais à la triple définition : une adoration du Père, une adoration en esprit et une adoration en vérité !

(19) Certains auteurs trouvent ici une allusion non à la situation conjugale de la femme mais à la situation religieuse des Samaritains. On a même le choix entre diverses hypothèses. Les cinq époux rappelleraient l’adoration par les Samaritains de cinq divinités (Cf. Flavius JOSEPHE, Antiquités, 9, 288), tandis que le livre des Rois en dénombre sept (en 2 R 17, 30-32), à moins que ces cinq époux évoquent les cinq livres de la Loi de Moïse, les seuls livres que les Samaritains retenaient dans leur canon des Ecritures.

Ainsi, Jésus a ramené habilement la conversation sur sa personne. Pour la femme samaritaine, les paroles de Jésus doivent se rapporter d’une façon ou d’une autre à la venue du Messie. Pour le reste, la véritable adoration la laisse assez indifférente et aussi remet-elle au Messie, lors de sa venue, la mission de tirer tout cela au clair. Et Jésus de répondre qu’elle ne doit plus attendre car ce Messie qu’elle attend se trouve en face d’elle : « Je le suis, Moi, qui te parle ». La femme parle du Messie, Jésus se révèle comme tel : le but de l’entretien est enfin atteint !

4) L’arrivée des Samaritains : Jn 4, 27-42.

27. Là-dessus ses disciples arrivèrent. Ils étaient surpris de le voir parler à une femme. Toutefois pas un ne dit : « Que lui veux-tu ? » ou : « Pourquoi lui parles-tu ? ». 28. La femme alors, laissant là sa cruche, courut à la ville et dit aux gens : 29. « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-ce pas le Christ ? ».30. Ils sortirent de la ville et s’acheminèrent vers lui. 31. Entre temps, les disciples le pressaient, en disant : « Rabbi, mange ».32. Mais il leur dit : « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. ». 33. Les disciples se demandaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? ».- 34. « Ma nourriture, leur dit Jésus, est de faire la volonté de mon Père et d’accomplir son œuvre. 35. Ne dites-vous pas : Encore quatre mois, avant que vienne la moisson ? Eh bien ! Je vous le dis : Levez les yeux et voyez : les champs sont blancs pour la moisson. Déjà 36. le moissonneur reçoit son salaire : il amasse du grain pour la vie éternelle, en sorte que semeur et moissonneur se réjouissent ensemble. 37. Car en ceci se vérifie le dicton : l’un sème, l’autre moissonne : 38. je vous ai envoyés moissonner là où vous n’avez pas peiné ; d’autres ont peiné et vous héritez du fruit de leurs peines. » . 39. Un bon nombre de Samaritains de cette ville avaient cru en lui à cause de la parole de la femme qui affirmait : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. ». 40. Aussi quand ils furent arrivés près de lui, les Samaritains le prièrent-ils de s’arrêter chez eux. Il y resta deux jours. 41. Ils furent encore bien plus nombreux à croire, à cause de sa parole à lui ; 42. et ils disaient à la femme : « ce n’est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde. ».

Le récit se poursuit alors dans la même ligne de révélation. Les disciples au retour de la bourgade s’étonnent de voir Jésus en conversation avec cette femme mais s’abstiennent de toute remarque. Désireux de les faire parler, Jésus excite leur curiosité par une allusion à une nourriture mystérieuse dont ils ne savent rien. Tout naturellement, ils imaginent que quelqu’un est venu durant leur absence apporter à manger : ils s’accrochent eux aussi à des catégories d’ordre strictement humain. Si Jésus parle de nourriture, eux songent à la nourriture humaine ; s’il fait allusion à la moisson, eux regardent le blé dans la plaine.

Dans l’entre-temps, la femme s’en va, délaissant sa cruche, dans sa hâte de rassembler tout le village qu’elle ameute aussitôt ; elle raconte son aventure, la rencontre d’un quidam capable de lui dévoiler son passé. Ses déclarations s’en tiennent au tour interrogatif : « Ne serait-ce pas le Messie ? ».

Et tandis que les gens de Sychar viennent voir cet étranger, Jésus converse avec ses disciples en faisant allusion à une nourriture, image sous laquelle il révèle l’orientation fondamentale de sa vie. La mission de Jésus consiste à accomplir la volonté de son Père ; il accomplit l’œuvre ou les œuvres de son Père. Pour désigner celui-ci, remarquons que Jésus recourt à une périphrase : « celui qui m’a envoyé », périphrase que nous rencontrons fréquemment dans l’Evangile et qui témoigne de l’importance que Jésus attache à sa mission. Jésus cite ensuite un proverbe : « Ne dites-vous pas : encore quatre mois avant que vienne la moisson ». Bien sûr, l’allusion porte sur une autre moisson que celle de la plaine où l’on voit croître les épis. Les disciples devront comprendre, qu’en voyant descendre les Samaritains de leur montagne, ces hérétiques sont mûrs pour la moisson messianique. On ne peut plus discuter ni faire des réserves au sujet des Samaritains ! Par ces variations sur le thème de la moisson, Jésus veut donc faire comprendre aux disciples combien leurs objections sont hors de propos en ce moment exceptionnel qu’ils sont en train de vivre : celui de l’avènement des temps messianiques. En effet, en Samarie, les apôtres et missionnaires verront se multiplier les conversions et recueilleront les fruits du labeur d’un autre (« l’un sème, l’autre moissonne ».

Revenons maintenant aux curieux alertés qui se pressent aux bords du puits de Jacob. Quelques-uns commencent à ajouter foi au témoignage qu’a porté la femme, expliquant la clairvoyance étonnante de cet homme qui lui a parlé : ils s’intéressent à lui. Cette femme samaritaine se fait prophète à son insu puisqu’elle est un instrument inconscient du premier contact de Jésus avec les gens de Samarie.

Ceux-ci vont inviter Jésus à s’attarder dans leur cité et il y restera deux jours. Après quoi, les Samaritains font déjà la différence entre la parole (logos en grec) de Jésus, dense de révélation et les propos (lalein en grec) à sensation de la femme. Les dires de la femme ont suscité la curiosité, la parole de Jésus éveille la foi !

Ce séjour en terre samaritaine annonce les missions ultérieures en dehors d’Israël car Jésus ne peut limiter son action au seul peuple élu : il est le sauveur du monde. C’est dire que la rédemption va s’étendre au monde entier ! L’entretien de Jésus avec la Samaritaine nous montre ainsi une première activité missionnaire de Jésus en dehors du territoire d’Israël, prélude à l’évangélisation à venir des païens du monde entier !

En conclusion, nous avons pu voir dans ce récit évangélique, Jésus révéler progressivement son identité. Au début, la Samaritaine le qualifie de « Juif », puis de « Seigneur », ensuite de « Prophète » et enfin de « Messie ». Ensuite ses disciples l’appellent « Rabbi (maître) » et enfin Jésus est désigné de « Sauveur du monde ». La Samaritaine va ainsi reconnaître progressivement que Jésus est venu pour la sauver.

Alors, si la Samaritaine était chacun d’entre nous…

Étude du texte Je remercie Monsieur l’Abbé Serge THEATE pour son travail publié ici.

Avec mes salutations amicales et fraternelles

Michel Houyoux, diacre permanent

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À l’origine du diaconat : l’acte fondateur (Ac 6, 1-7).

Posté par diaconos le 30 mars 2008

La communauté primitive de Jérusalem comportait des convertis originaires de deux milieux différents par la langue et la mentalité : les juifs de Palestine et ceux du reste du monde. Ce qui n’allait pas sans frictions. En choisissant sept nouveaux serviteurs de la communauté parmi les chrétiens de langue grecque, l’Église créa un nouveau ministère, le diaconat. Elle manifesta ainsi son ouverture : l’unité ne doit pas porter préjudice à la diversité légitime des chrétiens. En fait, cette ouverture fut capitale : ces sept premiers diacres ne se cantonnèrent pas dans un service matériel mais ouvrirent la communauté en annonçant l’Évangile hors de Jérusalem…

Récit de l’institution de sept premiers diacres

« 1. Or, en ces jours-là, le nombre des disciples augmentant, il y eut des plaintes des Hellénistes contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution qui se faisait chaque jour. 2. Mais les douze, ayant convoqué la multitude des disciples, dirent : Il n’est pas convenable que nous laissions la parole de Dieu, pour servir aux tables. 3. Choisissez donc, frères, sept hommes d’entre vous, jouissant d’un bon témoignage, remplis d’Esprit et de sagesse, que nous préposerons à cet emploi. 4. Et pour nous, nous continuerons à nous appliquer à la prière et au service de la parole. 5. Et la proposition plut à toute la multitude ; et ils élurent Etienne, homme plein de foi et d’Esprit-Saint, Philippe et Prochore et Nicanor et Timon et Parménas et Nicolas, prosélyte d’Antioche; 6. et ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains. 7. Et la parole de Dieu faisait des progrès et le nombre des disciples augmentait beaucoup à Jérusalem ; et une grande foule de sacrificateurs obéissaient à la foi. » (Ac 6, 1-7)

Le diacre, du grec « diaconos = serviteur », est un degré du sacrement de l’ordre. Alors que les prêtres sont les collaborateurs de l’évêque dans son caractère sacerdotal, le diacre est collaborateur de l’évêque dans son caractère ministériel. Le prêtre est le signe du Christ, tête de l’Église (son rôle est celui d’un rassembleur), le diacre, lui, est signe du Christ serviteur. Le premier texte qui nous atteste l’existence des diacres, au sens précis et technique du terme est la préface de la lettre que l’apôtre Paul adressa aux Philippiens : « Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ, qui sont à Philippes, avec leurs épiscopes (évêques) et leurs diacres. Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père, et du Seigneur Jésus-Christ « ! (Ph 1, 1-2)
Il existait à cette époque dans la ville de Philippes, parmi les membres de l’Église, deux catégories spéciales de personnes dont les uns portent le nom d’évêques et les autres celui de diacres. Après les évêques viennent les diacres ; leur place dans la phrase, ainsi que le sens même du mot qui les désigne, indiquent suffisamment qu’ils sont subordonnés aux premiers. Cette mention au début de la lettre aux Philipiens suppose qu’il s’agit là d’une institution bien connue et pour ainsi dire normale dans une communauté.

Histoire

Au cours des âges, la fonction de diacre va peu à peu évoluer, en particulier dans l’Église latine : il semble que le besoin se fait moins sentir d’avoir des hommes dévoués au seul service, les laïcs étant souvent en mesure d’assurer les taches matérielles diaconales. Peu à peu, le diaconat permanent disparait et l’ordre des diacres ne devient qu’une étape vers l’ordination presbytérale. Suite aux propositions du 2ième concile du Vatican l’Église catholique romaine rétablit pour sa partie latine, par le Motu proprio du Pape Paul VI « Sacrum Diaconatus Ordinem » du 18 juin 1967, le diaconat permanent ainsi que l’ordination au diaconat d’hommes mariés.

Le rôle du diacre dans l´Église catholique est défini par la constitution dogmatique Lumen Gentium : « Selon les dispositions prises par l’autorité qualifiée, il appartient aux diacres d’administrer solennellement le baptême, de conserver et de distribuer l’Eucharistie, d’assister, au nom de l’Église, au mariage et de le bénir, de porter le viatique aux mourants, de donner lecture aux fidèles de la Sainte Écriture, d’instruire et exhorter le peuple, de présider au culte et à la prière des fidèles, d’être ministres des sacramentaux, de présider aux rites funèbres et à la sépulture. Consacrés aux offices de charité et d’administration, les diacres ont à se souvenir de l’avertissement de saint Polycarpe : Être miséricordieux, zélés, marcher selon la vérité du Seigneur qui s’est fait le serviteur de tous »

L’âge minimum requis par le Droit Canon (CIC §1031-2) est de vingt-cinq ans pour le célibataire. Le diacre, clerc, est astreint aux charges cléricales : lecture de l’office divin, célibat, port d’un signe distinctif. Pour les mariés qui deviennent diacre, l’âge requis est 35 ans accomplis à la date prévisible d’ordination et ne pas avoir en principe plus de 65 ans accomplis à cette date. En cas de veuvage, le marié-diacre est alors soumis à la règle du célibat.

Le diacre en liturgie

Dans la liturgie catholique, le diacre tient une place de serviteur à l’autel : il porte une étole, portée de travers sur l’épaule gauche symbolisant la charge de la croix du Christ, il peut être revêtu d’une dalmatique (dont l’origine remonte au 4ième siècle), symbole du service. . À la messe, il a la charge de proclamer l’Évangile et peut prêcher : Il est, par excellence, le ministre de la parole. Pendant la liturgie eucharistique, il aide le prêtre, en particulier pour la préparation des dons : il remplit de vin le calice et y ajoute l’eau. Il incite les fidèles au geste de paix. Lors de la communion, il distribue le Saint Sacrement aux fidèles. Enfin, c’est lui qui envoie les fidèles « Allez dans la paix (et dans la joie) du Christ ».

Cliquez sur les mots écrits en bleu (ci-dessus) pour des informations générales (Encyclopédie Wikipédia)
lwf0004.gif Michel Houyoux, diacre permanent

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Temps pascal : « Le Seigneur a tant de manières de nous rejoindre » .

Posté par diaconos le 28 mars 2008

Si vous avez du mal à croire, retenez le récit des deux voyageurs qui rencontrèrent Jésus sur la route d’Emmaüs ( Lc 24, 13-35) ; retenez aussi la vigoureuse affirmation de Pierre qui a vu le Seigneur et qui proclame sa foi en la résurrection (Ac 2, 14-28) : annoncer la résurrection pour Pierre et les disciples, c’est se porter témoins qu’un homme connu des juifs de Jérusalem pour avoir fait parler de lui, un homme que ces mêmes juifs par lâcheté ou indifférence ont livré au gouverneur romain pour qu’il soit mis à mort, cet homme est ressuscité par la volonté de Dieu. Que notre espérance dans la résurrection soit enracinée dans l’histoire même de Jésus et du témoignage des apôtres.

Pas de Bible ? Pour lire les textes bibliques mentionnés ci-dessus, utilisez les outils « Bible annotée » et Nouveau Testament annoté » ici dans la colonne de gauche et pour le mode d’emploi de ces outils, cliquez sur le bouton « Mode d’emploi, c’est ici ! » en haut de cette page.

Cliquez sur les bannières bleues ci-dessous, pour voir les dessins en grandeur normale ; vous pouvez ensuite les enregistrer, les imprimer et les colorier.

Temps pascal : Deux disciples de Jésus marchaient vers Emmaüs quand…

doc annéeA dans DESSINS ET BIBLE Cléophas, l’un des deux, expliqua à Jésus pourquoi ils étaient si tristes.

doc disciples d'Emmaüs dans Homélies Les trois voyageurs arrivèrent à Emmaüs

Tu es jeune, tu aimes dessiner et tu souhaites montrer ton dessin dans la rubrique « Page jeunesse » … il te suffit de me le faire parvenir par mail en « document attaché » à l’adresse : « michel.houyoux@base.be » . Fais-toi aider par un membre de ta famille si tu n’en sors pas. Tu peux y mentionner ton prénom, ton âge, ta localité (pays ?) et aussi un petit commentaire en rapport avec le thème proposé. Avec un peu d’imagination, tu peux réaliser de jolis dessins.

Homélie pour le 3ième dimanche du temps pascal, année A

Cliquez sur la bannière bleue ci-dessous pour lire ou télécharger l’homélie du diacre.

doc Homélie dans Messages Le Seigneur a tant de manières de nous rejoindre.

Michel-Houyoux-Diacre-permanent7 temps pascal dans Page jeunesseMichel Houyoux, diacre permanent

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En mémoire de saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719)

Posté par diaconos le 27 mars 2008

Le 7 avril l’Église fait mémoire dans sa liturgie de saint Jean-Baptiste de la Salle. Né à Reims en 1651, Jean-Baptiste de la Salle appartient à laLe fondateur des communautés  des frères des écoles chrétiennes génération qui suit celle de Saint-Vincent de Paul et de Bossuet. L’époque est difficile pour la vie religieuse : une déclaration royale a voulu interdire à partir de 1669 la fondation de nouvelles congrégations ; alors qu’apparaissaient les premiers signes de l’esprit des lumières au nom duquel beaucoup de personnes s’attachèrent à une pensée rationnelle hostile aux dogmes et à l’Église. Tout cela n’empêcha pas vers la fin du 17ième siècle et au début du 18ième l’apparition de nouvelles fondations religieuses, spécialement consacrées à l’enseignement ou aux missions populaires. Parmi elles, l’oeuvre de Jean-Baptiste de la Salle se détacha comme particulièrement originale et novatrice. Jean-Baptiste de la Salle fut un pionnier en ouvrant une école qui offrait aux enfants pauvres un enseignement populaire gratuit. Reims, Paris, Rouen virent les premières fondations de ce prêtre originaire de Reims autour duquel s’étaient groupés quelques enseignants, les frères des écoles chrétiennes (1684). Dans sa vieillesse, le fondateur de l’institut des frères des écoles chrétiennes eut à subir de lourdes épreuves de la part de ses frères (Voir ci-dessous le premier site proposé).

Jean-Baptiste de la Salle fut un prêtre généreux, soucieux de l’instruction des pauvres. Il fut un pédagogue novateur sur plusieurs points : les enfants seront groupés pour recevoir un enseignement adapté à leur situation et non en préceptorat comme c’était l’usage auparavant. Les cours se donneront en français et non plus en latin (pratique en vogue chez la noblesse et les bien nantis) et surtout l’enseignement sera gratuit ! Il rédigea plusieurs ouvrages pédagogiques à l’usage des enseignants et il prôna une pédagogie différenciée, adaptée aux aptitudes et aux goûts de chaque élève. Une véritable révolution dans la manière d’enseigner ! Et par dessus tout, c’est l’orientation chrétienne qui a dominé l’ensemble de son oeuvre. Jean-Baptiste de la Salle fut un excellent éducateur chrétien. Il ouvrit en 1705 une première école de maîtres (l’ancêtre des écoles normales), et compléta son oeuvre par des écoles du dimanche au profit des ouvriers. Il mourut à Saint-Yvon, près de Rouen, le vendredi saint 7 avril 1719. Il fut canonisé le 24 mai 1900 par le pape Léon XIII (1878-1903). Le pape Pie XII le proclama patron de tous les éducateurs chrétiens le 15 mai 1950. Des communautés de frères des écoles chrétiennes se trouvent dans plus de 80 pays et son oeuvre rayonne à travers le monde entier.

Extrait du traité sur la doctrine sociale de l´Église (2004) :  » Une société juste ne peut être réalisée que dans le respect de la dignité transcendante de la personne humaine. Celle-ci représente la fin dernière de la société, qui lui est ordonnée: « Aussi l’ordre social et son progrès doivent-ils toujours tourner au bien des personnes, puisque l’ordre des choses doit être subordonné à l’ordre des personnes et non l’inverse ». Le respect de la dignité humaine ne peut en aucune façon ne pas tenir compte de ce principe : il faut « que chacun considère son prochain, sans aucune exception, comme « un autre lui-même », [qu'il] tienne compte avant tout de son existence et des moyens qui lui sont nécessaires pour vivre dignement». Il faut que tous les programmes sociaux, scientifiques et culturels, soient guidés par la conscience de la primauté de chaque être humain. « (Article 132)

Pour lire le traité présenté au pape Jean-Paul II en juin 2004 , cliquez ici → Compendium de la Doctrine sociale de l’Église

Image Saint Jean-Baptiste de la Salle | © Frères de Ecoles Chrétiennes
Source de l’image
: Cliquez ici →
L’Heritage Lasallien – Histoire« La Salle * Roma » Casa Generalizia, Via Aurelia, 476 – 00165 Roma, Italia.

Prière : « Dieu qui a choisi saint Jean-Baptiste de La Salle pour former les jeunes à la vie chrétienne, suscite encore dans ton Église des éducateurs qui se voueront tout entiers à cette œuvre de formation humaine et religieuse. » (Liturgie des Heures, tome II, page 1299)

À MÉDITER !

Prière de l’éducateur Seigneur, tu m’as associé à la mission de Ton Fils de faire connaître le Vrai, admirer le Beau, aimer le Bien. Donne-moi d’être fidèle à promouvoir chez les jeunes le développement harmonieux de leur personnalité, de faire d’eux des hommes et des femmes au sens moral éveillé et vraiment libres, responsables,ouverts au dialogue avec les autres et disponibles devant Toi. Fais qu’à l’exemple du Patron des éducateurs, saint Jean-Baptiste de La Salle, je contribue à former dans mes élèves cet homme nouveau créé à Ton image dans la justice et la sainteté de la vérité. ar Jésus Christ Notre Seigneur. Amen
Source
:
http://catholique-belfort-montbe.cef.fr/actualites/2006/octobre/pastobull3.pdf

Sites intéressants à visiter …  pour une bonne documentation sur la personne de l’Abbé de la Salle.

  1. Le fondateur de l’institut des Frères des écoles chrétiennes : cliquez ici →La Salle (Jean-Baptiste de)
  2. Biographie et principales innovations pédagogiques : cliquez ici → Jean-Baptiste de La Salle – Wikipédia
  3. Infos sur les Lasalliens en France, c’est ici →Jean-Baptiste de La Salle : fondateur
  4. Introduction générale aux Écrits de Jean-Baptiste de La Salle : cliquez ici →Introduction générale aux Écrits de Jean-Baptiste de La Salle

En mémoire de saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719) dans Enseignement Michel-Houyoux-Diacre-permanent6

Avec mes salutations amicales et fraternelles au personnel et aux élèves des frères des écoles chrétiennes.

Michel Houyoux, diacre permanent (ancien élève des frères des écoles chrétiennes)

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