Il faut ! (Mt 16, 21- 27)

Posté par diaconos le 22 août 2008

Homélie pour le 22ième dimanche du temps ordinaire, année A

Jr 20, 7-9 ; Ps 62 ; Rm 12, 1-2 ; Mt 16, 21-27

Il faut !

Dans son encyclique Populorum progressio (du Vatican, en la fête de Pâques 26 mars 1967) , le pape Paul VI affirmait :«Toute vie est une vocation  parce qu’elle est un appel à la sainteté, un appel à vivre de la vie même de Dieu en étant totalement transfiguré par son amour.»

En tant qu’appel, la vocation invite à une réponse. Celle que le Seigneur attend de nous est une réponse de foi. Pierre, lui aussi, fut appelé par le Seigneur et sa réponse s’exprima dans cette profession de foi admirable : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » (Mt 16, 16)

Mais Pierre ne perçut sans doute pas la portée de ses paroles. La page d’évangile de ce dimanche nous le montre : en ce moment où il vient d’obtenir de ses disciples et de Pierre en particulier la première profession de foi, Jésus fait la première annonce de sa Passion : « À partir de ce jour, Jésus commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et ressusciter le troisième jour » (Mt 16, 21)

Dans notre vie, certains évènements marquent une rupture qui est un appel à autre chose. Jésus, lui-même a connu de telles situations : Jésus commença à monter à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem. Cette décision, Jésus a dû la mûrir : il faut !

Cette expression, au sens biblique, signifie toujours une référence à la volonté du Père. En disant il faut, à notre tour, nous adhérons dans la foi à la volonté du Père.

Jésus avait à peine trente ans, la fleur de l’âge et son ministère allait se terminer brutalement. Du point de vue humain, c’était l’échec. La haine des autorités religieuses et civiles et l’abandon des foules : anciens, chefs des prêtres, scribes, tous les notables et les dirigeants de Jérusalem étaient contre lui !

À partir de ce moment là (Mt 16, 21a), Jésus va annoncer par trois fois sa Passion (Mt 16, 21 ; Mt 17, 22-23 et Mt 20, 18-19). Le prenant à part, Pierre se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde seigneur ! Cela ne t’arrivera pas.» (Mt 16, 22 )

Pierre refuse de voir en Jésus le serviteur souffrant. Il faut une foi solide pour accepter le mystère de Jésus, sauveur du monde par la croix.

C’est à ce moment que Jésus adresse son appel à tous et à toutes : «Si quelqu’un veut marcher à ma suite, il faut qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16, 24) 

 Suivre le Christ c’est aussi purifier notre prière. Trop souvent, nous nous tournons vers lui quand tout va mal. Et nous voulons qu’il fasse quelque chose pour que tout aille mieux. Nous n’avons pas à dicter à Dieu ce qu’il doit faire. Dieu n’est pas attaché à notre service. Il n’est pas notre boy. Certains ne prient plus ou ne vont plus à la messe parce que, disent-ils, cela ne sert à rien. Et c’est là qu’on se trompe. On ne prie pas, on ne va pas à la messe pour soi mais pour Dieu. Quand on aime, on ne pense pas d’abord à soi mais à l’autre. Celui qui aime vraiment est prêt à se sacrifier pour l’autre.

L’évangile de ce jour nous adresse un commandement très fort : « Passe derrière moi ! » C’est un appel à changer notre regard sur Dieu et sur le sens que nous donnons à notre vie. Le plus important ce n’est pas la réussite matérielle, la promotion, la mise en valeur du moi. Jésus voudrait nous orienter vers une autre logique, celle de l’amour vrai, du don de soi, de la gratuité. C’est sur ce chemin que nous sommes appelés à le suivre. En choisissant le Christ, nous choisissons la Vie.

Dieu est amour, et son amour est le secret de notre bonheur. Pour entrer dans ce mystère d’amour, il n’y a pas d’autre chemin que celui de se perdre, de se donner, le chemin de la croix : il faut renoncer à soi-même, il n’y a pas d’amour vrai sans ce renoncement. Aimer vraiment, coûte cher, très cher parfois : pardonner à quelqu’un, avoir le courage de s’afficher « croyant » dans un milieu hostile, aimer fidèlement son conjoint, continuer à s’occuper d’enfants qui semblent se moquer de vous, garder le sens du partage, rester honnête dans les affaires. Pour aimer en vérité, il faut y mettre le prix !

Selon Jésus, il faut perdre pour gagner :« Celui qui veut sauver sa vie, la perdra, mais qui perds sa vie à cause de moi, la gardera. » (Mt 16, 25)

En résumé : Jésus nous suggère d’aimer jusqu’au bout, de vivre pleinement et de gagner l’essentiel.

Amen.

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  Michel Houyoux, diacre permanent.

2 Réponses à “Il faut ! (Mt 16, 21- 27)”

  1. diaconos dit :

    Bonjour Élisa. Merci pour votre commentaire. Si quelqu’un veut venir après moi,dit Jésus, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il Me suive ». (Mt, 16,24 ; Luc 9,23).
    « Celui qui veut », dit le Seigneur. Il ne force pas, Il n’oblige pas mais Il invite. Il invite en promettant le repos : « Venez à Moi,vous tous qui êtes fatigués et chargés, et Je vous donnerai du repos ». (Mt 11,28).

    Mais comment peuvent s’accorder croix et repos ?
    « Croix » signifie souffrance, peine, lutte.
    « Repos » signifie calme, plaisir de l’âme, contentement.
    Ces deux notions semblent bien contradictoires entre elles ! Le Seigneur dit à toute personne qui décidera de le suivre qu’il est nécessaire de soulever sa croix sur ses épaules; c’est-à-dire de haïr tout péché, de mortifier ses passions et tous ses mauvais désirs, et alors elle pourra vraiment le suivre ; c’est-à-dire l’imiter et marcher sur son chemin.
    « Si quelqu’un veut venir après moi »signifie participer, avoir part.

    Que veut dire avoir part à la croix du Christ ?
    Cela signifie faire l’expérience dans l’Esprit Saint de l’amour que la croix du Christ cache en elle. Cela veut dire reconnaître, à la lumière de cet amour, sa propre croix. Cela implique la prendre sur ses épaules et, toujours en vertu de cet amour, marcher… Marcher tout au long de sa vie, en imitant Jésus Christ qui endura une croix, dont il méprisa l’infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu » (He 12, 2).
    Recevez Élisa mes salutations fraternelles
    Michel

  2. Elisa dit :

    J’aime beaucoup ce que vous écrivez, mais j’aimerais rebondir sur une de vos phrases: « Pour entrer dans ce mystère d’amour, il n’y a pas d’autre chemin que celui de se perdre, de se donner, le chemin de la croix : il faut renoncer à soi-même, il n’y a pas d’amour vrai sans ce renoncement. » Il ne faudrait pas négliger les fois où le Christ a planté sur place la foule pour prendre du temps pour lui, notamment pour prier son Père, se reposer ou se retrouver avec les siens. A Bethzatha, il n’a guéri qu’un seul malade et n’a pas hésité à laisser les autres là pour pouvoir poursuivre son chemin. Nous n’avons pas tous le même charisme et au lieu de se perdre, je pense qu’il est plus important de se trouver… Il s’agit d’être ce que nous sommes vraiment (=se trouver) et non pas d’être ce que nous ne sommes pas (=se perdre).

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