Luc et la mission de l’Esprit-Saint (Ac 2, 1-11)

Posté par diaconos le 10 mai 2009

Auteur : Jean-René Malaba Mpoyi, Prêtre à Doische (Belgique)

Dimanche de Pentecôte, 31 mai 2009, année B

Luc et la mission de l’Esprit-Saint dans les Ac 2, 1-11

 

◊. Origine de la fête de Pentecôte

Aujourd’hui, l’Église célèbre la solennité de la descente de l’Esprit-Saint sur les Apôtres. On l’appelle communément la fête de la Pentecôte. Cette fête a longtemps gardé une origine païenne avant de se distinguer progressivement comme une fête chrétienne. Pentecôte, c’était d’abord l’appellation grecque de la fête juive (donc, païenne) qui intervenait sept semaines après la pâque juive, dans le cinquantième jour précisément. Au début, elle était une fête agricole de la moisson, de joie. Puis, toujours dans l’esprit d’action de grâce, elle était devenue la fête de la célébration de la loi du Sinaï. Luc compose donc son récit en ayant comme arrière-fond les images de cette pentecôte juive. C’est donc en ce jour de la fête agricole que l’événement de la descente de l’Esprit a eu lieu. L’Esprit vient donc renouveler l’Alliance de Dieu; il vient inaugurer une nouvelle période très importante dans la vie de l’Église, l’ère de l’effusion de la Force d’en haut sur l’Église pour faire d’elle une communauté des témoins de Jésus dans le monde entier. Voilà le message que je découvre en relisant l’extrait qui nous est proposé en ce jour. Je procéderai en deux temps. D’abord, je dois délimiter mon texte par rapport au premier et au troisième chapitre, en vue de déterminer l’unité littéraire du chapitre deuxième. Après, je vérifierai le message libellé ci-haut à partir de l’analyse des éléments linguistiques offerts par le texte lui-même.

 

1. Délimitation du texte

L’extrait des Actes des Apôtres que nous venons d’entendre au cours de la liturgie d’aujourd’hui (Ac 2, 1-11), fait partie du grand ensemble littéraire qui s’achève au verset 47 de ce chapitre. C’est l’analyse du vocabulaire utilisé par Luc dans ce chapitre qui aide à découvrir cette unité littéraire. En effet, en lisant ce texte en grec, on aperçoit certains mots qui reviennent et qui forment une inclusion encadrant le texte au début et à la fin. Ainsi, au verset 1 on retrouve une indication temporelle contenue dans les mots ten hemeran (le jour). De même, au verset 47 nous retrouvons la même indication temporelle dans l’expression kath’hemeran (chaque jour). Aussi, l’expression épi to auto – à la fin du verset 1 – qui indique formellement la situation affective du groupe en ce moment-là, est-elle reprise encore à la fin du verset 47 qui clôt ce chapitre. Ces deux éléments d’inclusion forment une boucle et nous permettent de délimiter le texte. C’est une unité littéraire qui indique que la scène décrite au chapitre 2 a pris fin avec le 47è verset de ce chapitre. On peut encore le vérifier en constatant que la lecture du premier verset du chapitre 3 indique que l’on commence déjà une autre idée. Tout comme le dernier verset du premier chapitre finit aussi l’idée qui était développée en ce chapitre et qui ne continue pas au chapitre 2. La césure entre le premier et le deuxième chapitres devient frappante quand Luc introduit le chapitre deux avec les mots en to sumpleroustai, l’expression exceptionnellement solennelle (en + infinitif) qu’il est le seul à utiliser passivement dans le Nouveau Testament mais, toujours quand il veut attirer l’attention sur une étape importante dans la vie d’un personnage important.

Concernant notre extrait du jour (Ac 2, 1-11), je le divise en deux parties: la première va du v.1 au v. 4; alors que la seconde court du v. 5 au v. 11. Ce sont les expressions esan… égeneto (vv. 1-2) et esan … genoménes (vv. 5-6) qui m’ont aidé à le diviser ainsi.

 

2. Mais, que s’est-il passé ce jour-là ?

C’est le verset 4 qui me semble résumer l’événement du jour : ‘‘tous furent remplis de l’Esprit-Saint et ils se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer ». J’ai souligné cinq groupes des mots importants mais, à partir de l’original grec, on se rend compte que, dans ce verset, Luc reprend deux fois les trois mots (tous, parler et Esprit). Autrement disposé, ce verset donnerait la reprise suivante: d’abord un A) Tous furent remplis de l’Esprit-Saint ; puis un B) Commencèrent à parler ; ensuite un A’) Comme l’Esprit ; et enfin un B’) Leur [= à tous] donnait de s’exprimer. On voit que dans un même verset, il y a une pensée qui revient deux fois. Cela signifie que Luc y insiste particulièrement. N’avait-il pas déjà annoncé en tout début du chapitre qu’il allait dire quelque chose d’important ? Mais, que voulait-il dire ? Qui sont ces ‘‘tous » ? Que signifie parler ou s’exprimer en d’autres langues ? Que signifie l’Esprit pour lui ? Ce sont des questions qui nous poussent à découvrir le message caché qu’il veut délivrer.

En effet, ‘‘tous » renvoie à chacun de ceux qui étaient présents à l’endroit où l’Esprit est descendu. Les langues de feu se posent sur tous ceux qui étaient là. Ici, on se rend compte que Luc emprunte aussi des images utilisées dans la tradition rabbinique selon laquelle la voix de Dieu s’est diffusée autant qu’il y a des peuples sur la montagne. Cela nous donne à penser que les images employées par Luc pour parler de la venue de l’Esprit-Saint dans les Actes ne sont pas à prendre au pied de la lettre. C’est une manière de présenter une réalité divine qui était courante, comme c’est le cas dans les images théophaniques rapportées en Exode 19. Et puis, l’usage du passif dans ce verset reste important : il indique que l’Esprit est donné ;  il y a un autre qui est à l’action de cet événement. C’est Dieu. Donc, même si Luc ne cite pas Dieu, comme dispensateur de l’Esprit, son langage le suppose ; il affirme que l’Esprit vient du ciel (comme un bruit d’un vent violent), il est un don de Dieu. Ici se trouve dévoilée l’origine céleste de l’Esprit. Il ne procède pas des hommes. Mais, dès que l’Esprit s’est posé sur chacun de ceux qui étaient présents, un miracle s’est produit : ils ont commencé à s’exprimer selon les directives de l’Esprit lui-même. Qu’est-ce que cela signifie ? Que s’est-il passé exactement, y a-t-il eu une sorte de manifestation extatique (la glossolalie) ou bien un véritable don de parler en langues étrangères sans les avoir jamais apprises (la xénoglossie) ?

Je crois que si l’on cherche à savoir ce qui est réellement arrivé ce jour-là, le problème est alors mal posé car, les Actes ne sont pas un livre d’histoire ; en plus, on a vu que Luc présente une réalité divine avec des images traditionnelles qui ne sont pas à prendre à la lettre. Il faut donc découvrir plutôt son intention, ce qu’il a voulu dire par ces images. En fait, l’Esprit-Saint en Ac 2, 4 implique une parole intelligible. Et le contexte immédiat du texte atteste qu’une fois l’Esprit donné, ils se mettent à prophétiser, c’est-à-dire qu’ils tiennent un discours intelligible. Il n’y a pas eu xénoglossie ni glossolalie car, ils ont simplement tenu des propos que tout le monde comprenait directement. Ce qui est différent de la glossolalie qui exige une interprétation. D’ailleurs Luc ne dit pas qu’ils ont parlé en langues mais, plutôt qu’ils ont parlé en d’autres langues. Ces deux ne sont pas équivalents. On peut donc dire qu’à ce verset 4, Luc met en exergue la Force du don de l’Esprit-Saint. Par ce don, on devient témoin ou ministre de la Parole. Les Apôtres, dès qu’ils ont reçu cette Force, deviennent immédiatement des annonciateurs de la Parole ; ils sont faits prophètes. C’est ce lien intime entre le don de l’Esprit et le témoignage apostolique que l’auteur veut mettre en exergue. C’est la première partie du message contenu dans cet extrait.

La deuxième partie du message provient de la deuxième partie de notre extrait (vv. 5-11). Ici, le plus important à indiquer, ce sont les noms des nations d’où venaient toutes les personnes, témoins de l’événement. On parle de Parthes, Mèdes, Mésopotamiens, Romains, Égyptiens, Arabes, etc. Le verset 5 annonce qu’ils viennent ‘‘de toutes les nations qui sont sous le ciel », donc de partout. Ceci indique que Luc parle de l’universalisme connu à son époque. En citant ces pays, l’accent porte sur le caractère universel de la mission que les Apôtres viennent de recevoir grâce au don de l’Esprit : désormais, ils sont faits prophètes pour annoncer la Parole à tous et partout, jusqu’aux extrémités de la terre. Ici, déjà, Luc constitue une présentation miniaturisée de l’accomplissement du programme des Ac 1, 8 selon lequel ‘‘lorsque le Saint-Esprit descendra sur vous, vous recevrez de la force, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’à l’extrémité de la terre ». Dans le reste des versets du chapitre 2 (soit de 12 à 47), il y a encore des thèmes qui apparaissent, comme celui du rapport que Luc établit entre le mystère pascal et le don de l’Esprit-Saint à travers le discours qu’il attribue à Pierre, mais c’est hors le propos de l’extrait qui nous est proposé en ce dimanche (Ac 2,1-11).

Conclusion

En guise de conclusion, nous pouvons résumer de la manière suivante le message qui ressort de notre texte de ce dimanche : Luc parle dans ce récit de l’importance de l’Esprit au début de l’Église. Il dit que c’est l’Esprit de Dieu qui donne la force de témoigner. Il est versé sur les Apôtres pour faire d’eux des témoins de la Parole, du Verbe de Dieu, du Christ mort et ressuscité. Et ils doivent l’annoncer dans le monde entier. Cette mission apostolique est une nécessité pour nous aussi aujourd’hui. Car, en faisant mémoire de la Pentecôte, nous ne nous souvenons pas seulement d’un événement qui a eu lieu au début de l’Église mais, en même temps nous bénéficions aussi de la grâce liée à ce mémorial. Car, nous aussi, en tant que chrétiens ou peuple des témoins, nous avons hérité, dès notre baptême, de la mission des Apôtres : comme eux, nous sommes appelés à porter l’Évangile du Christ à chacun de nos frères et chacune de nos sœurs, dans nos gestes et nos paroles. Cette mission devient plus exigeante aujourd’hui dans nos sociétés sécularisées où nous sommes particulièrement invités à témoigner par l’intégrité de notre vie. À chacun(e) de s’ouvrir à la grâce de l’Esprit pour être fortifié dans son témoignage chrétien.

 

Contact → Jean-René Malaba Mpoyi, Prêtre à Doische (Belgique)

Adresse e mail : shambuyim@yahoo.fr

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Merci Monsieur l’Abbé pour votre article reçu par courriel. Salutations amicales et fraternelles

 lwf0004.gif Michel Houyoux, diacre permanent

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