Posté par diaconos le dix-huit décembre 2023
# Le titre ‘Logos’ est donné à Jésus par saint Jean dans le prologue de son Évangile (Jn 1:1-18). D’un point de vue christologique, l’idée que le Christ soit le Logos a joué un rôle important dans l’affirmation de la divinité de Jésus-Christ et sa position en tant que Dieu le Fils dans la Trinité comme indiqué dans le credo de Chalcédoine en l’an 451. Le pape Damase Ier s’intéressa à la formule « le Verbe s’est fait chair » de l’évangile de Jean et refusa l’idée que Dieu devienne homme dans l’incarnation de Jésus-Christ.
Le pape Léon précisa que Dieu s’est uni à l’homme. Pour Justin de Naplouse, le Christ est le Logos incarné. Pour Apollinaire de Laodicée, le Verbe prend totalement possession de Jésus, qui n’a qu’une enveloppe humaine et est entièrement Dieu. Cette opinion, appelée apollinarisme, est considérée comme hérétique par l’Église. Le théologien et philosophe juif Philon d’Alexandrie a beaucoup écrit sur le Logos d’une manière qui rappelle la théologie du Nouveau Testament.
De l’Évangile de Jésus Christ selon Jean
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.
Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.
Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : «C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était.»
Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. (Jn 1, 1-18)
La Parole dans ses rapports avec Dieu et avec le monde
À l’origine de toutes choses la Parole existait, elle était en relation vivante avec Dieu, et elle était Dieu. C’est par elle que toutes choses existent ; en elle était la vie, cette vie qui est la lumière des hommes ; mais l’humanité rebelle repousse cette lumière.
La Parole repoussée par l’incrédulité et reçue par la foi. Bien qu’elle fût précédée du témoignage de Jean-Baptiste, qu’il y eût une relation naturelle entre elle et tout homme, que le monde eût été fait par elle, et qu’elle vînt chez le peuple qui fut préparé comme son chez-soi, elle n obtint ni du monde ni de ce peuple l’accueil auquel on put s’attendre.
Mais à ceux qui l’eurent reçue, elle donna de devenir enfants de Dieu, à ceux qui furent nés, non de la chair, mais de Dieu. La Parole faite chair, objet de l’expérience du croyant. La Parole fut faîte chair et habita parmi nous, pleine de grâce et de vérité.
Jean et les croyants ses contemporains contemplèrent sa gloire de Fils unique venu du Père ; Jean-Baptiste le leur attesta ; et Jean énuméra tout ce qu’ils reçurent de Jésus-Christ, le Fils unique en qui Dieu se révéla.
La Parole
Tandis que les autres évangélistes commencèrent leur narration avec la venue de Jésus-Christ en ce monde, ou son entrée dans son ministère, Jean remonta au-delà du temps, pour saisir le Sauveur dans son éternelle préexistence, car en Jésus de Nazareth, la Parole fut faite chair.
Jean s’élevant à l’origine de toutes choses, présenta la Parole en elle-même et dans sa relation primordiale avec Dieu ; puis il décrivit ses rapports avec le monde en général et son action sur l’humanité rebelle.
Dans la seconde partie,Jean caractérisa l’accueil que les hommes, et spécialement le peuple élu firent à la Parole, quand, annoncée par Jean-Baptiste, elle apparut en Jésus-Christ. Repoussée par le peuple qui aurait dû la recevoir, elle donna à ceux qui la reçurent, et qui, par la foi, naquirent de Dieu, le pouvoir de devenir enfants de Dieu.
Cette expérience des croyants est exposée dans la troisième partie : la Parole faite chair a habité parmi ceux qui ont cru en elle. Les premiers mots de l’Évangile de Jean : «Au commencement était la Parole» rappellent les premiers mots de la Genèse et il ne s’agit pas d’un simple rapprochement dans les termes, mais d’une analogie profonde.
Si la Genèse raconte la création de l’univers, l’Évangile retrace la création nouvelle d’un monde moral. Dans son prologue, Jean remonta à l’origine de toutes choses pour nous montrer l’Auteur de cette double création.
Si les mots : au commencement ne reportèrent pas la pensée au-delà de la première création, Jean ne dit pourtant pas que la Parole elle-même fut alors créée, mais qu’elle était au moment où toutes choses furent créées, qu’elle fut antérieure à toute la création.
Si la pensée de l’éternité n’était pas impliquée dans les termes mêmes dont se servit Jean, elle se présenterait comme une conséquence de la nature divine attribuée à la Parole.
Et cette idée de la préexistence éternelle du Fils de Dieu ne fut pas une spéculation métaphysique de Jean, mais une vérité religieuse clairement enseignée dans tout le Nouveau Testament, et qui ressortit de mainte déclaration de Jésus lui-même, dans l’Évangile : « Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, je suis» (Jn 8, 58)
Rattachant sa pensée au commencement de la Genèse, Jean affirma que toute la création fut réalisée par la Parole, expression de la volonté et de la puissance de Dieu. Le terme de Parole, non moins que celui de au commencement, sert à rappeler le récit génésiaque ; il fait allusion à ce : ce Dieu, huit fois répété, qui est comme le refrain de ce magnifique poème. Tous ces dire de Dieu, Jean les rassembla comme en une Parole unique, vivante, douée d’intelligence et d’activité, de laquelle émanait chacun de ces ordres particuliers.
«Au fond de ces paroles divines parlées, il découvrit la parole divine parlante. Mais, tandis que celles là retentirent dans le temps, celle-ci exista au-dessus et en dehors du temps.» (Godet) Comment Jean fut-il amené à concevoir comme une personne cette Parole éternelle, par laquelle ont eurent lieu la création et toutes les révélations divines ?
L’Ancien Testament, compris à la lumière des enseignements de son Maître, lui fournit cette idée. Plusieurs de ses données conduisent à la notion de la Parole que nous trouvons dans l’évangile.
Dans une série de passages, la Parole de l’Éternel est l’objet de personnifications plus ou moins poétiques : c’est par elle que les cieux ont été faits (Ps 33, 6) c’est elle que Dieu envoya à ceux qui furent dans l’angoisse, et elle les guérit ; c’est elle que Dieu envoya sur la terre ; c’est elle qui, sortant de la bouche de Dieu, exécuta son bon plaisir et amena à bien la chose pour laquelle il l’envoya : «Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche: Elle ne retourne point à moi sans effet, Sans avoir exécuté ma volonté Et accompli mes desseins» (Is 55, 11)
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Dans les livres des prophètes, la Parole de l’Éternel est présentée comme l’organe des révélations divines : «La parole de l’Éternel a été adressée à Ézéchiel, le fils du prêtre Buzi, dans le pays des Babyloniens, près du fleuve Kebar. C’est là que la main de l’Éternel a reposé sur lui.
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Depuis l’exil, les docteurs juifs considérèrent ces actions attribuées à la Parole divine comme l’œuvre d’un agent permanent et personnel qu’ils nommèrent la Memra (Parole) de Jéhovah. La Sagesse divine se présenta aux hommes, parlant, agissant comme un être personnel.
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« L’Éternel m’a possédée dès le commencement, avant ses œuvres ; j’ai été établie dès l’éternité, avant les origines de la terre »
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Deux vérités, en apparence contradictoires, sont enseignées dans toute l’écriture : d’une part, Dieu, le Dieu invisible, inaccessible, ne s’est jamais manifesté aux hommes. «Personne ne vit jamais Dieu», nul homme ne peut le voir et vivre. «Il est le seul à posséder l’immortalité, lui qui habite une lumière inaccessible et qu’aucun homme n’a vu ni ne peut voir. A lui soient l’honneur et la puissance éternelle. Amen !» (Ti 6, 16)
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D’autre part, la Bible raconte à toutes les époques de l’histoire d’Israël diverses théophanies ou apparitions de Dieu à ses serviteurs. Comment se concilie cette contradiction ? Par la manifestation d’un être mystérieux qui est appelé l’ange de sa face :«Dans toutes leurs détresses ils n’ont pas été sans secours, Et l’ange qui est devant sa face les a sauvés; Il les a lui-même rachetés, dans son amour et sa miséricorde, Et constamment il les a soutenus et portés, aux anciens jour» (Is 63, 9)
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Cette même révélation divine par l’ange qui s’appelle l’Éternel est souvent rapportée dans l’Écriture.Mon nom est en lui, dit l’Éternel en parlant de l’ange qu’il envoyait devant Israël, c’est-à-dire qu’il fut la manifestation de l’essence divine elle-même.
Enfin, le dernier des prophètes annonça en ces termes l’apparition définitive sur notre terre de ce grand révélateur de Dieu : « Voici, je vais envoyer mon messager ; il préparera la voie devant moi et aussitôt entrera dans son temple le Seigneur (Adonaï) que vous cherchez, l’ange de l’alliance que vous désirez » (Ml 3, 1).w
Ces deux vérités contradictoires furent conciliées, et Jean, qui fut pénétré de toutes deux, en montra le sublime accord dans ces paroles : «Personne ne vit jamais Dieu, le Fils unique qui est dans le sein du Père, est celui qui nous l’a fait connaître»w
Nous savons maintenant pourquoi Jean appelle la Parole Celui par qui le Dieu invisible s’est toujours manifesté au monde, soit dans la création, soit dans ses révélations successives, soit enfin dans la rédemption de notre humanité. Et l’on conçoit quelle vive lumière ce fait projette sur toutes les Écritures, qui nous apparaissent ainsi dans leur pleine harmonie.w
Jean a donc tiré de l’Ancien Testament son idée de la Parole. Si, de ce que ce mot était alors usité dans les écoles de la philosophie alexandrine et se trouve souvent dans les écrits de Philon, on veut inférer que Jean l’a emprunté à ce philosophe, il n’y a pas lieu de le nier absolument.
Mais s’il l’a fait, c’est pour rectifier les notions fausses que ce terme recouvrait et pour mettre la vérité divine à la place des spéculations métaphysiques de son époque.
« Mais nous prêchons une sagesse entre les parfaits, sagesse qui n’est pas de ce siècle, mais une sagesse de Dieu» (1 Co 2, 6). La préposition ‘Avec Dieu’ ne signifie pas seulement que la Parole fut auprès de Dieu, dans sa société ; elle la présente dans un mouvement constant directionnel.
Malgré l’apparition des ténèbres qui envahirent l’humanité, la lumière ne cessa pas de projeter ses rayons salutaires elle persista à éclairer cette humanité devenue ténèbres : mais, par suite de l’obscurcissement moral, l’humanité résista à l’action de la lumière : «Les ténèbres ne la reçurent pas.»
Les moyens naturels de cette illumination sont, d’une part, la contemplation des œuvres de Dieu dans la création et, d’autre part, les avertissements de la conscience, cette loi écrite dans les cœurs : «Quand des non-Juifs qui n’ont pas la loi font naturellement ce que prescrit la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, bien qu’ils n’aient pas la loi. Ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leur cœur, car leur conscience en rend témoignage et leurs pensées les accusent ou les défendent tour à tour.» (Rm 2, 14-15)
Ces moyens avec le secours de la Parole éternelle qui les employa suffirent pour ramener les hommes à Dieu, s’ils fussent dans un état normal ; ils fallut les rendre inexcusables de résister aux sollicitations de cette lumière.
«Ils ne l’ont pas reçue», dit Jean avec tristesse. Il exprima ainsi l’expérience universelle des siècles, sans s’arrêter aux rares exceptions de ces hommes qui, de temps à autre, s’élevèrent par leurs lumières, bien au-dessus de leurs semblables.
Quoiqu’il y eut des degrés divers dans l’obscurcissement de l’intelligence et du cœur tous, même les meilleurs, restèrent plus ou moins sous l’influence de ces ténèbres au sein desquelles apparut la lumière.
Après avoir dit ce que fut la Parole divine, créatrice, vie et lumière des hommes, et comment elle ne put être reçue à cause des ténèbres qui régnèrent dans le monde, Jean poursuivit son exposition, en nous transportant au moment le plus tragique de cette lutte de la lumière avec les ténèbres.
La Parole vint au sein du peuple qui fut préparé pour la recevoir ; elle fut repoussée par lui, mais elle se constitua un nouveau peuple, formé de ceux qui reçurent d’elle par la foi le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Jean annonça ce qu’il reçut par une révélation divine, et ce dont il fut un témoin oculaire.
Le but du témoignage de Jean fut que tous crussent à la lumière par lui.Telle fut l’intention de Dieu dans sa miséricorde ; et le témoignage de Jean fut assez clair, assez puissant, pour que cette intention fut réalisée en tous, si la plupart n’eussent été retenus loin de la foi par l’endurcissement de leurs cœurs.
Cependant plusieurs crurent, et les plus éminents disciples de Jean devinrent disciples de Jésus. Bien que Jean-Baptiste fût le plus grand des prophètes, et que Jésus lui-même l’appela : «La lampe qui brûle et qui luit » (Jn 5, 35), il ne fut pas la lumière ; son rôle se réduisait à rendre témoignage à la lumière.
On a vu dans ces paroles de Jean une intention de polémique contre ses disciples qui ne curent pas cru en Jésus : « Il dit: De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? Et ils répondirent : Du baptême de Jean.
Alors Paul dit : «Jean a baptisé du baptême de repentance, disant au peuple de croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire, en Jésus» (Ac 19, 3-4) Selon d’autres, elle rappellerait l’expérience personnelle de Jean, qui crut d’abord avoir trouvé en Jean toute la lumière qu’il chercha, mais qui dut reconnaître, lorsqu’il l’eut adressé à Jésus.
Le témoignage de Jean ne fut pas le seul fait qui aurait dû assurer un accueil favorable à la Parole : une relation primordiale l’unissait à chaque homme et au monde dans son ensemble et le milieu dans lequel elle parut fut spécialement préparé pour elle.
La Parole, cette lumière à laquelle Jean dut rendre témoignage, fut la véritable lumière, qui éclaire tout homme. La Parole fut appelée la véritable lumière par contraste avec la lumière que répandit Jean-Baptiste et qui ne fut qu’un reflet de la véritable lumière manifestée en Jésus.
Cette lumière divine éclaire chaque personne. Il s’agit de cette illumination universelle et intérieure que la Parole éternelle procure à chacune personne créée à l’image de Dieu et par laquelle celle-ci est amenée à sentir le besoin d’un Sauveur et à le reconnaître quand il lui est présenté.
Jean s’arrêta sur ce point, de montrer par l’effet, qu’un chacun de nous sent en soi que Christ est la lumière4. Cette lumière a répandu de ses rayons généralement sur tout le genre humain. Car nous sommes doués de raison et intelligence, qui nous permettent de faire la distinction entre le Bien et le Mal.
«Christ n’a jamais été tellement absent du monde que cependant les hommes étant éveillés par ses rayons, ne dussent lever leurs yeux vers lui.» (Calvin)
Au lieu de cela, Jean constata avec tristesse que le monde ne l’a point connu, tellement il fut aveuglé par les ténèbres du péché. Malgré tout, les siens ne l’ont pas accueilli. Ce dernier terme est plus expressif encore que les précédents.Bien loin d’avoir été accueillie, la Parole vivante et personnelle fut rejetée, méprisée, crucifiée.
Croire en son nom, c’est croire en lui, mais Jean employa ce terme parce que, dans le style de l’Écriture, qui fut celui de la vérité, le nom exprime l’essence intime et réelle d’un être : «Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié» (Mt 6, 9)
À ceux qui croient en lui, le Sauveur communique une grâce immense : le pouvoir de devenir enfants de Dieu.Jésus donna à ses disciples autorité sur les esprits impurs : «Le pouvoir de les chasser et de guérir toute maladie» (Mt 10, 1).x
Or Jésus seul peut donner à de pauvres pécheurs, qui sont par nature enfants de colère, le pouvoir de devenir des enfants de Dieu ; seul il peut les enrichir de toutes les dispositions morales que suppose ce beau titre.
C’est là l’œuvre de Dieu, l’effet et la preuve de son amour immense.Pour devenir enfant de Dieu, il faut être engendré de Dieu. Ces termes caractérisent dans toute sa réalité la transformation morale que l’Écriture appelle régénération, nouvelle naissance, création nouvelle, et que Dieu lui-même opère par la puissance de son Esprit : «Jésus répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu» (Jn 3, 5)
La Parole est devenue chair. Quel contraste ! Quel abîme entre ces deux termes ! La chair désigne, comme partout dans l’Écriture, la nature humaine, l’homme tout entier, dans l’état de faiblesse, d’infirmité, de souffrance et de mortalité auquel il se trouve réduit par suite du péché.
L’histoire évangélique, en racontant la naissance de Jésus, met sur la voie de comprendre comment il n’eut aucune part à la corruption native de notre humanité : «Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus» (Mt 1, 20)
Cette incarnation du Fils de Dieu, né au sein de notre humanité, afin de la sauver en la pénétrant d’une vie nouvelle, est le fondement de la foi chrétienne, à la position qu’il prend en présence de ce fait, on peut reconnaître si un homme est de Dieu ou s’il porte en lui l’esprit de l’antéchrist : « Reconnaissez à ceci l’Esprit de Dieu: tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu, c’est celui de l’antéchrist, dont vous avez appris la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde.» (1 Jn 2-3)x
Après avoir invoqué l’autorité de Jean-Baptiste, Jean continua en rapportant son expérience personnelle, qui fut celle de tous les croyants : «Nous avons reçu de sa plénitude la grâce et la vérité».
Ces mots sont énigmatiques et renferment une contradiction intentionnelle dans les termes : «Celui qui vient après moi, puisqu’il n’est pas encore entré dans son ministère, m’a précédé, selon l’ordre des temps, vu qu’il était avant moi, qu’il existait antérieurement à son apparition sur la terre, dans l’éternité.»
Les paroles de Jean-Baptiste confirmèrent ainsi celles de Jean. La plupart des interprètes entendent ces mots : m’a précédé, dans le sens de :m’a surpassé, est préféré, est supérieur à moi ; en un mot, comme désignant le rang, la dignité, et non l’ordre des temps.
Voir Dieu, c’est avoir une intuition immédiate de son essence, de ses perfections, et c’est ce qui n’a jamais été donné à aucun homme sur la terre et qui reste la prérogative exclusive du Fils unique.Jean avait entendu cette déclaration de Jésus lui-même. Tout homme déchu serait resté à jamais exclu d’une connaissance parfaite de Dieu, s’il ne nous avait été révélé en Jésus-Christ.x
Mais c’est cette révélation même que Jean proclama. Quelques interprètes (Meyer, Hofmann, Weiss) virent dans ces mots la relation du Fils avec Dieu après son retour dans la gloire, et non durant son état d’abaissement sur la terre.Jean employa cette expression en se plaçant au point de vue du temps où il écrivit : qui est maintenant dans le sein du Père.
L’état céleste dont jouit présentement Jésus ne saurait expliquer comment il a pu révéler Dieu parfaitement pendant qu’il était sur la terre. (Godet)
Jésus fut dans le sein du Père, par sa communion intime avec lui ; il était dans le ciel tout en vivant sur la terre et, en mainte occasion, il déclara qu’il ne parle que selon ce qu’il vit et entendit de son Père.
C’est parce qu’il fut dans le sein du Père qu’il put être, non seulement le révélateur, mais la révélation même de Dieu. Jean affectionna ce nom de Père, parce que Jésus exprima habituellement par ce nom l’ineffable amour qui est l’essence de Dieu.
«Jésus a manifesté Dieu comme Père, et pour cela… il lui a suffi de se montrer comme Fils Montrer en lui le Fils, c’était le mode le plus simple de montrer en Dieu le Père.» (Godet)
En contemplant Jésus, Jean trouva cette définition sublime de Dieu : «Dieu est amour.» La leçon : le Dieu Fils unique, est attestée par les Pères alexandrins à peu près exclusivement. Elle ne trouve son analogue dans aucun texte du Nouveau Testament.
Diacre Michel Houyoux
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# Le titre ‘Logos’ est donné à Jésus par saint Jean dans le prologue de son Évangile (Jn 1:1-18). D’un point de vue christologique, l’idée que le Christ soit le Logos a joué un rôle important dans l’affirmation de la divinité de Jésus-Christ et sa position en tant que Dieu le Fils dans la Trinité comme indiqué dans le credo de Chalcédoine en l’an 451. Le pape Damase Ier s’intéressa à la formule « le Verbe s’est fait chair » de l’évangile de Jean et refusa l’idée que Dieu devienne homme dans l’incarnation de Jésus-Christ.
Le pape Léon précisa que Dieu s’est uni à l’homme. Pour Justin de Naplouse, le Christ est le Logos incarné. Pour Apollinaire de Laodicée, le Verbe prend totalement possession de Jésus, qui n’a qu’une enveloppe humaine et est entièrement Dieu. Cette opinion, appelée apollinarisme, est considérée comme hérétique par l’Église. Le théologien et philosophe juif Philon d’Alexandrie a beaucoup écrit sur le Logos d’une manière qui rappelle la théologie du Nouveau Testament.
De l’Évangile de Jésus Christ selon Jean
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.
Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : «C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était.» Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. (Jn 1, 1-18)
La Parole dans ses rapports avec Dieu et avec le monde
À l’origine de toutes choses la Parole existait, elle était en relation vivante avec Dieu, et elle était Dieu. C’est par elle que toutes choses existent ; en elle était la vie, cette vie qui est la lumière des hommes ; mais l’humanité rebelle repousse cette lumière.
La Parole repoussée par l’incrédulité et reçue par la foi. Bien qu’elle fût précédée du témoignage de Jean-Baptiste, qu’il y eût une relation naturelle entre elle et tout homme, que le monde eût été fait par elle, et qu’elle vînt chez le peuple qui fut préparé comme son chez-soi, elle n obtint ni du monde ni de ce peuple l’accueil auquel on put s’attendre. Mais à ceux qui l’eurent reçue, elle donna de devenir enfants de Dieu, à ceux qui furent nés, non de la chair, mais de Dieu. La Parole faite chair, objet de l’expérience du croyant. La Parole fut faîte chair et habita parmi nous, pleine de grâce et de vérité. Jean et les croyants ses contemporains contemplèrent sa gloire de Fils unique venu du Père ; Jean-Baptiste le leur attesta ; et Jean énuméra tout ce qu’ils reçurent de Jésus-Christ, le Fils unique en qui Dieu se révéla.
La Parole
Tandis que les autres évangélistes commencèrent leur narration avec la venue de Jésus-Christ en ce monde, ou son entrée dans son ministère, Jean remonta au-delà du temps, pour saisir le Sauveur dans son éternelle préexistence, car en Jésus de Nazareth, la Parole fut faite chair. Jean s’élevant à l’origine de toutes choses, présenta la Parole en elle-même et dans sa relation primordiale avec Dieu ; puis il décrivit ses rapports avec le monde en général et son action sur l’humanité rebelle.
Dans la seconde partie, Jean caractérisa l’accueil que les hommes, et spécialement le peuple élu firent à la Parole, quand, annoncée par Jean-Baptiste, elle apparut en Jésus-Christ. Repoussée par le peuple qui aurait dû la recevoir, elle donna à ceux qui la reçurent, et qui, par la foi, naquirent de Dieu, le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Cette expérience des croyants est exposée dans la troisième partie : la Parole faite chair a habité parmi ceux qui ont cru en elle. Les premiers mots de l’Évangile de Jean : «Au commencement était la Parole» rappellent les premiers mots de la Genèse et il ne s’agit pas d’un simple rapprochement dans les termes, mais d’une analogie profonde.
Si la Genèse raconte la création de l’univers, l’Évangile retrace la création nouvelle d’un monde moral. Dans son prologue, Jean remonta à l’origine de toutes choses pour nous montrer l’Auteur de cette double création. Si les mots : au commencement ne reportèrent pas la pensée au-delà de la première création, Jean ne dit pourtant pas que la Parole elle-même fut alors créée, mais qu’elle était au moment où toutes choses furent créées, qu’elle fut antérieure à toute la création.
Si la pensée de l’éternité n’était pas impliquée dans les termes mêmes dont se servit Jean, elle se présenterait comme une conséquence de la nature divine attribuée à la Parole. Et cette idée de la préexistence éternelle du Fils de Dieu ne fut pas une spéculation métaphysique de Jean, mais une vérité religieuse clairement enseignée dans tout le Nouveau Testament, et qui ressortit de mainte déclaration de Jésus lui-même, dans l’Évangile : « Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, je suis» (Jn 8, 58)
Rattachant sa pensée au commencement de la Genèse, Jean affirma que toute la création fut réalisée par la Parole, expression de la volonté et de la puissance de Dieu. Le terme de Parole, non moins que celui de au commencement, sert à rappeler le récit génésiaque ; il fait allusion à ce : ce Dieu, huit fois répété, qui est comme le refrain de ce magnifique poème. Tous ces dire de Dieu, Jean les rassembla comme en une Parole unique, vivante, douée d’intelligence et d’activité, de laquelle émanait chacun de ces ordres particuliers.
«Au fond de ces paroles divines parlées, il découvrit la parole divine parlante. Mais, tandis que celles là retentirent dans le temps, celle-ci exista au-dessus et en dehors du temps.» (Godet) Comment Jean fut-il amené à concevoir comme une personne cette Parole éternelle, par laquelle ont eurent lieu la création et toutes les révélations divines ? L’Ancien Testament, compris à la lumière des enseignements de son Maître, lui fournit cette idée. Plusieurs de ses données conduisent à la notion de la Parole que nous trouvons dans l’évangile.
Dans une série de passages, la Parole de l’Éternel est l’objet de personnifications plus ou moins poétiques : c’est par elle que les cieux ont été faits (Ps 33, 6) c’est elle que Dieu envoya à ceux qui furent dans l’angoisse, et elle les guérit ; c’est elle que Dieu envoya sur la terre ; c’est elle qui, sortant de la bouche de Dieu, exécuta son bon plaisir et amena à bien la chose pour laquelle il l’envoya : «Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche: Elle ne retourne point à moi sans effet, Sans avoir exécuté ma volonté Et accompli mes desseins» (Is 55, 11)
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Dans les livres des prophètes, la Parole de l’Éternel est présentée comme l’organe des révélations divines : «La parole de l’Éternel a été adressée à Ézéchiel, le fils du prêtre Buzi, dans le pays des Babyloniens, près du fleuve Kebar. C’est là que la main de l’Éternel a reposé sur lui.
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Depuis l’exil, les docteurs juifs considérèrent ces actions attribuées à la Parole divine comme l’œuvre d’un agent permanent et personnel qu’ils nommèrent la Memra (Parole) de Jéhovah. La Sagesse divine se présenta aux hommes, parlant, agissant comme un être personnel.
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« L’Éternel m’a possédée dès le commencement, avant ses œuvres ; j’ai été établie dès l’éternité, avant les origines de la terre »
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Deux vérités, en apparence contradictoires, sont enseignées dans toute l’écriture : d’une part, Dieu, le Dieu invisible, inaccessible, ne s’est jamais manifesté aux hommes. «Personne ne vit jamais Dieu», nul homme ne peut le voir et vivre. «Il est le seul à posséder l’immortalité, lui qui habite une lumière inaccessible et qu’aucun homme n’a vu ni ne peut voir. A lui soient l’honneur et la puissance éternelle. Amen !» (Ti 6, 16)
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D’autre part, la Bible raconte à toutes les époques de l’histoire d’Israël diverses théophanies ou apparitions de Dieu à ses serviteurs. Comment se concilie cette contradiction ? Par la manifestation d’un être mystérieux qui est appelé l’ange de sa face :«Dans toutes leurs détresses ils n’ont pas été sans secours, Et l’ange qui est devant sa face les a sauvés; Il les a lui-même rachetés, dans son amour et sa miséricorde, Et constamment il les a soutenus et portés, aux anciens jour» (Is 63, 9)
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Cette même révélation divine par l’ange qui s’appelle l’Éternel est souvent rapportée dans l’Écriture. Mon nom est en lui, dit l’Éternel en parlant de l’ange qu’il envoyait devant Israël, c’est-à-dire qu’il fut la manifestation de l’essence divine elle-même.
Enfin, le dernier des prophètes annonça en ces termes l’apparition définitive sur notre terre de ce grand révélateur de Dieu : « Voici, je vais envoyer mon messager ; il préparera la voie devant moi et aussitôt entrera dans son temple le Seigneur (Adonaï) que vous cherchez, l’ange de l’alliance que vous désirez » (Ml 3, 1). Ces deux vérités contradictoires furent conciliées, et Jean, qui fut pénétré de toutes deux, en montra le sublime accord dans ces paroles : «Personne ne vit jamais Dieu, le Fils unique qui est dans le sein du Père, est celui qui nous l’a fait connaître»
Nous savons maintenant pourquoi Jean appelle la Parole Celui par qui le Dieu invisible s’est toujours manifesté au monde, soit dans la création, soit dans ses révélations successives, soit enfin dans la rédemption de notre humanité. Et l’on conçoit quelle vive lumière ce fait projette sur toutes les Écritures, qui nous apparaissent ainsi dans leur pleine harmonie. Jean a donc tiré de l’Ancien Testament son idée de la Parole. Si, de ce que ce mot était alors usité dans les écoles de la philosophie alexandrine et se trouve souvent dans les écrits de Philon, on veut inférer que Jean l’a emprunté à ce philosophe, il n’y a pas lieu de le nier absolument. Mais s’il l’a fait, c’est pour rectifier les notions fausses que ce terme recouvrait et pour mettre la vérité divine à la place des spéculations métaphysiques de son époque.
« Mais nous prêchons une sagesse entre les parfaits, sagesse qui n’est pas de ce siècle, mais une sagesse de Dieu» (1 Co 2, 6). La préposition ‘Avec Dieu’ ne signifie pas seulement que la Parole fut auprès de Dieu, dans sa société ; elle la présente dans un mouvement constant directionnel. Malgré l’apparition des ténèbres qui envahirent l’humanité, la lumière ne cessa pas de projeter ses rayons salutaires elle persista à éclairer cette humanité devenue ténèbres : mais, par suite de l’obscurcissement moral, l’humanité résista à l’action de la lumière : «Les ténèbres ne la reçurent pas.»
Les moyens naturels de cette illumination sont, d’une part, la contemplation des œuvres de Dieu dans la création et, d’autre part, les avertissements de la conscience, cette loi écrite dans les cœurs : «Quand des non Juifs qui n’ont pas la loi font naturellement ce que prescrit la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, bien qu’ils n’aient pas la loi. Ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leur cœur, car leur conscience en rend témoignage et leurs pensées les accusent ou les défendent tour à tour.» (Rm 2, 14-15)
Ces moyens avec le secours de la Parole éternelle qui les employa suffirent pour ramener les hommes à Dieu, s’ils fussent dans un état normal ; ils fallut les rendre inexcusables de résister aux sollicitations de cette lumière. «Ils ne l’ont pas reçue», dit Jean avec tristesse. Il exprima ainsi l’expérience universelle des siècles, sans s’arrêter aux rares exceptions de ces hommes qui, de temps à autre, s’élevèrent par leurs lumières, bien au-dessus de leurs semblables.
Quoiqu’il y eut des degrés divers dans l’obscurcissement de l’intelligence et du cœur tous, même les meilleurs, restèrent plus ou moins sous l’influence de ces ténèbres au sein desquelles apparut la lumière. Après avoir dit ce que fut la Parole divine, créatrice, vie et lumière des hommes, et comment elle ne put être reçue à cause des ténèbres qui régnèrent dans le monde, Jean poursuivit son exposition, en nous transportant au moment le plus tragique de cette lutte de la lumière avec les ténèbres.
La Parole vint au sein du peuple qui fut préparé pour la recevoir ; elle fut repoussée par lui, mais elle se constitua un nouveau peuple, formé de ceux qui reçurent d’elle par la foi le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Jean annonça ce qu’il reçut par une révélation divine, et ce dont il fut un témoin oculaire. Le but du témoignage de Jean fut que tous crussent à la lumière par lui. Telle fut l’intention de Dieu dans sa miséricorde ; et le témoignage de Jean fut assez clair, assez puissant, pour que cette intention fut réalisée en tous, si la plupart n’eussent été retenus loin de la foi par l’endurcissement de leurs cœurs.
Cependant plusieurs crurent, et les plus éminents disciples de Jean devinrent disciples de Jésus. Bien que Jean-Baptiste fût le plus grand des prophètes, et que Jésus lui-même l’appela : «La lampe qui brûle et qui luit » (Jn 5, 35), il ne fut pas la lumière ; son rôle se réduisait à rendre témoignage à la lumière. On a vu dans ces paroles de Jean une intention de polémique contre ses disciples qui ne curent pas cru en Jésus : « Il dit: De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? Et ils répondirent : Du baptême de Jean. Alors Paul dit : «Jean a baptisé du baptême de repentance, disant au peuple de croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire, en Jésus» (Ac 19, 3-4)
Selon d’autres, elle rappellerait l’expérience personnelle de Jean, qui crut d’abord avoir trouvé en Jean toute la lumière qu’il chercha, mais qui dut reconnaître, lorsqu’il l’eut adressé à Jésus. Le témoignage de Jean ne fut pas le seul fait qui aurait dû assurer un accueil favorable à la Parole : une relation primordiale l’unissait à chaque homme et au monde dans son ensemble et le milieu dans lequel elle parut fut spécialement préparé pour elle. La Parole, cette lumière à laquelle Jean dut rendre témoignage, fut la véritable lumière, qui éclaire tout homme. La Parole fut appelée la véritable lumière par contraste avec la lumière que répandit Jean-Baptiste et qui ne fut qu’un reflet de la véritable lumière manifestée en Jésus.
Cette lumière divine éclaire chaque personne. Il s’agit de cette illumination universelle et intérieure que la Parole éternelle procure à chacune personne créée à l’image de Dieu et par laquelle celle-ci est amenée à sentir le besoin d’un Sauveur et à le reconnaître quand il lui est présenté. Jean s’arrêta sur ce point, de montrer par l’effet, qu’un chacun de nous sent en soi que Christ est la lumière4. Cette lumière a répandu de ses rayons généralement sur tout le genre humain. Car nous sommes doués de raison et intelligence, qui nous permettent de faire la distinction entre le Bien et le Mal.
«Christ n’a jamais été tellement absent du monde que cependant les hommes étant éveillés par ses rayons, ne dussent lever leurs yeux vers lui.» (Calvin) Au lieu de cela, Jean constata avec tristesse que le monde ne l’a point connu, tellement il fut aveuglé par les ténèbres du péché. Malgré tout, les siens ne l’ont pas accueilli. Ce dernier terme est plus expressif encore que les précédents.Bien loin d’avoir été accueillie, la Parole vivante et personnelle fut rejetée, méprisée, crucifiée.
Croire en son nom, c’est croire en lui, mais Jean employa ce terme parce que, dans le style de l’Écriture, qui fut celui de la vérité, le nom exprime l’essence intime et réelle d’un être : «Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié» (Mt 6, 9) À ceux qui croient en lui, le Sauveur communique une grâce immense : le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Jésus donna à ses disciples autorité sur les esprits impurs : «Le pouvoir de les chasser et de guérir toute maladie» (Mt 10, 1).x
Or Jésus seul peut donner à de pauvres pécheurs, qui sont par nature enfants de colère, le pouvoir de devenir des enfants de Dieu ; seul il peut les enrichir de toutes les dispositions morales que suppose ce beau titre. C’est là l’œuvre de Dieu, l’effet et la preuve de son amour immense.Pour devenir enfant de Dieu, il faut être engendré de Dieu. Ces termes caractérisent dans toute sa réalité la transformation morale que l’Écriture appelle régénération, nouvelle naissance, création nouvelle, et que Dieu lui-même opère par la puissance de son Esprit : «Jésus répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu» (Jn 3, 5)
La Parole est devenue chair. Quel contraste ! Quel abîme entre ces deux termes ! La chair désigne, comme partout dans l’Écriture, la nature humaine, l’homme tout entier, dans l’état de faiblesse, d’infirmité, de souffrance et de mortalité auquel il se trouve réduit par suite du péché. L’histoire évangélique, en racontant la naissance de Jésus, met sur la voie de comprendre comment il n’eut aucune part à la corruption native de notre humanité : «Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus» (Mt 1, 20)
Cette incarnation du Fils de Dieu, né au sein de notre humanité, afin de la sauver en la pénétrant d’une vie nouvelle, est le fondement de la foi chrétienne, à la position qu’il prend en présence de ce fait, on peut reconnaître si un homme est de Dieu ou s’il porte en lui l’esprit de l’antéchrist : « Reconnaissez à ceci l’Esprit de Dieu: tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu, c’est celui de l’antéchrist, dont vous avez appris la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde.» (1 Jn 2-3)x
Après avoir invoqué l’autorité de Jean-Baptiste, Jean continua en rapportant son expérience personnelle, qui fut celle de tous les croyants : «Nous avons reçu de sa plénitude la grâce et la vérité». Ces mots sont énigmatiques et renferment une contradiction intentionnelle dans les termes : «Celui qui vient après moi, puisqu’il n’est pas encore entré dans son ministère, m’a précédé, selon l’ordre des temps, vu qu’il était avant moi, qu’il existait antérieurement à son apparition sur la terre, dans l’éternité.»
Les paroles de Jean-Baptiste confirmèrent ainsi celles de Jean. La plupart des interprètes entendent ces mots : m’a précédé, dans le sens de :m’a surpassé, est préféré, est supérieur à moi ; en un mot, comme désignant le rang, la dignité, et non l’ordre des temps. Voir Dieu, c’est avoir une intuition immédiate de son essence, de ses perfections, et c’est ce qui n’a jamais été donné à aucun homme sur la terre et qui reste la prérogative exclusive du Fils unique. Jean avait entendu cette déclaration de Jésus lui-même. Tout homme déchu serait resté à jamais exclu d’une connaissance parfaite de Dieu, s’il ne nous avait été révélé en Jésus-Christ.
Mais c’est cette révélation même que Jean proclama. Quelques interprètes (Meyer, Hofmann, Weiss) virent dans ces mots la relation du Fils avec Dieu après son retour dans la gloire, et non durant son état d’abaissement sur la terre. Jean employa cette expression en se plaçant au point de vue du temps où il écrivit : qui est maintenant dans le sein du Père. L’état céleste dont jouit présentement Jésus ne saurait expliquer comment il a pu révéler Dieu parfaitement pendant qu’il était sur la terre. (Godet) Jésus fut dans le sein du Père, par sa communion intime avec lui ; il était dans le ciel tout en vivant sur la terre et, en mainte occasion, il déclara qu’il ne parle que selon ce qu’il vit et entendit de son Père.
C’est parce qu’il fut dans le sein du Père qu’il put être, non seulement le révélateur, mais la révélation même de Dieu. Jean affectionna ce nom de Père, parce que Jésus exprima habituellement par ce nom l’ineffable amour qui est l’essence de Dieu. «Jésus a manifesté Dieu comme Père, et pour cela… il lui a suffi de se montrer comme Fils Montrer en lui le Fils, c’était le mode le plus simple de montrer en Dieu le Père.» (Godet) En contemplant Jésus, Jean trouva cette définition sublime de Dieu : «Dieu est amour.» La leçon : le Dieu Fils unique, est attestée par les Pères alexandrins à peu près exclusivement. Elle ne trouve son analogue dans aucun texte du Nouveau Testament.
Diacre Michel Houyoux
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